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Double vulnérabilité : vieillesse, isolement et barrière linguistique en France

📅 18 juin 2026 ✍️ acha ⏱️ 0 min de lecture
ACHA France
Centre ACHA France
Centre pour les Droits de l'Homme et la Lutte contre le Terrorisme
Besançon, France · info@acha-france.com · acha-france.com
Rapport analytique Accueil 18 juin 2026

Double vulnérabilité : vieillesse, isolement et barrière linguistique en France

Besançon - France · ACHA France · 18 juin 2026

CENTRE ACHA des droits de l'homme et la lutte contre le terrorisme

Besançon - France

ÉTUDE THÉMATIQUE

L'ISOLEMENT SOCIAL DES PERSONNES ÂGÉES

ET LA BARRIÈRE LINGUISTIQUE

Impacts, Mécanismes & Recommandations

pour les personnes âgées non francophones en France

Édition 2025 • Action locale et internationale

RESUME EXECUTIF

La présente étude, réalisée par le Centre ACHA - Centre pour les droits de l'homme et la lutte contre le terrorisme, basé à Besançon - examine un phénomène silencieux mais dévastateur : l'isolement social des personnes âgées qui ne maîtrisent pas la langue française. Ce groupe, situé à l'intersection de deux vulnérabilités majeures - le grand âge et la barrière linguistique - souffre de conséquences sanitaires, sociales et humaines particulièrement graves.

En France, ce problème concerne potentiellement des centaines de milliers de personnes âgées issues de l'immigration, notamment d'Afrique du Nord, d'Afrique subsaharienne, d'Europe du Sud et d'Asie. Ces personnes ont souvent consacré leur vie active au développement économique du pays, mais vieillissent aujourd'hui dans une solitude aggravée par leur incapacité à communiquer en français - que ce soit avec les services de santé, les institutions sociales ou leur environnement quotidien.

CHIFFRES CLÉS

◆ 2 millions de personnes âgées de 60 ans et plus en situation d'isolement social en France (Petits Frères des Pauvres, 2024)

◆ 750 000 seniors en situation de « mort sociale » en 2025 - sans contact significatif avec quiconque

◆ 34,7 % des personnes immigrées vivant en France ont plus de 55 ans (INSEE, 2022)

◆ +60 % de risque de démence lié à la solitude chronique (Nature Mental Health, 2024)

◆ +30 % de risque de mortalité prématurée chez les seniors isolés (Université de York)

◆ +64 % de risque de dépression chez les personnes âgées seules (OMS)

I. INTRODUCTION & CADRE DE L'ÉTUDE

1.1 Contexte et justification

Le vieillissement de la population mondiale constitue l'un des défis sociaux et sanitaires les plus importants du XXIe siècle. En France, le Haut-commissaire au Plan a clairement établi que dans les dix prochaines années, le nombre de Français âgés de 75 à 84 ans augmentera de 50 % entre 2020 et 2030, passant de 4,1 millions à 6,1 millions. Cette explosion démographique s'accompagne inévitablement d'une multiplication des situations d'isolement social.

Au sein de cette population âgée, un groupe particulièrement vulnérable attire l'attention : les personnes âgées immigrées qui ne parlent pas ou peu le français. Ce groupe cumule plusieurs facteurs de marginalisation qui s'alimentent mutuellement, créant un cercle vicieux d'exclusion et de souffrance dont les conséquences sur la santé physique et mentale sont documentées et alarmantes.

1.2 Définitions

L'isolement social

L'isolement social se définit comme une situation objective caractérisée par la rareté ou l'absence de contacts avec la famille, les amis, le voisinage, les réseaux associatifs ou professionnels. Il se distingue du sentiment de solitude, qui est une expérience subjective de manque de lien social. Ces deux dimensions peuvent coexister ou se présenter indépendamment, mais leur combinaison est particulièrement dévastatrice.

La barrière linguistique

La barrière linguistique désigne l'ensemble des obstacles à la communication, à la compréhension et à l'expression découlant de l'incapacité à maîtriser la langue du pays de résidence. Pour les personnes âgées immigrées, cette barrière va au-delà du simple obstacle communicationnel : elle représente une forme d'exclusion systémique qui touche l'accès aux soins, aux droits sociaux, à l'information et aux relations humaines quotidiennes.

1.3 Objectifs de l'étude

La présente étude poursuit quatre objectifs principaux :

1.Dresser un tableau précis et documenté de l'ampleur de l'isolement social chez les personnes âgées non francophones en France.
2.Analyser les mécanismes par lesquels la barrière linguistique aggrave et pérennise l'isolement social.
3.Documenter les conséquences sanitaires, psychologiques et sociales de cette double vulnérabilité.
4.Formuler des recommandations concrètes et opérationnelles à l'attention des pouvoirs publics, des associations et des professionnels de santé et du social.

II. AMPLEUR DU PHENOMENE EN FRANCE

2.1 L'isolement social des personnes âgées : état des lieux général

L'isolement social des personnes âgées est un fléau d'une ampleur considérable en France contemporaine. Selon le baromètre des Petits Frères des Pauvres de 2024, pas moins de 2 millions de personnes âgées de 60 ans et plus se trouvent en situation d'isolement social. Parmi elles, 750 000 vivent en situation de « mort sociale », c'est-à-dire sans aucun contact significatif avec leur famille, leurs amis, leurs voisins ou les réseaux associatifs.

L'étude Solitudes 2023 de la Fondation de France et du CRÉDOC révèle qu'en France, une personne sur trois est en situation de fragilité relationnelle, et 12 % des Français se trouvent en situation d'isolement total. Ces chiffres sont d'autant plus préoccupants qu'ils ont tendance à s'aggraver avec l'avancée en âge.

2 millions personnes âgées de 60 ans et plus en situation d'isolement social (Petits Frères des Pauvres, 2024)

750 000 seniors en situation de « mort sociale » en France en 2025

12 % de la population française en situation d'isolement total (CRÉDOC, 2024)

2.2 Les personnes âgées immigrées : une population spécifiquement vulnérable

La population immigrée âgée représente un groupe particulièrement important et souvent invisible dans les politiques publiques françaises. Selon l'INSEE (données 2020-2022), parmi les 7 millions de personnes immigrées vivant en France, 34,7 % sont âgées de plus de 55 ans et 20 % ont plus de 65 ans. Les immigrés des États tiers âgés de plus de 55 ans représentent à eux seuls plus de 800 000 personnes.

Ces personnes partagent souvent un profil commun : elles sont arrivées en France pendant les Trente Glorieuses comme main-d'œuvre non qualifiée, ont travaillé dans des secteurs pénibles (bâtiment, industrie, mines), et se retrouvent aujourd'hui âgées avec des retraites modestes, des problèmes de santé liés à des conditions de travail difficiles, et une maîtrise insuffisante de la langue française.

Profil type du senior immigré isolé non francophone en France

Homme ou femme, âgé(e) de 65 à 80 ans, originaire du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie), d'Afrique subsaharienne ou d'Europe du Sud. Arrivé(e) en France entre les années 1960 et 1980. A travaillé dans les secteurs du BTP, de l'industrie ou des services domestiques. Dispose d'une retraite faible (souvent moins de 800€/mois). Vit seul(e) dans un logement social. Les enfants, lorsqu'ils existent, sont souvent dispersés géographiquement ou insuffisamment disponibles. Ne parle pas ou très peu le français.

III. LA BARRIERE LINGUISTIQUE : MECANISMES D'EXCLUSION

3.1 La langue comme condition d'existence sociale

La maîtrise de la langue du pays d'accueil n'est pas seulement un outil de communication : c'est une condition fondamentale de l'existence sociale. Pour les personnes âgées non francophones, l'incapacité à s'exprimer en français crée une invisibilité sociale totale. Elles ne peuvent ni lire les informations dans leur boîte aux lettres, ni comprendre les annonces dans les transports, ni suivre les informations télévisées, ni engager une conversation avec leurs voisins.

« La barrière de la langue est un obstacle non seulement à la communication, mais également à l'intégration sociale et au respect de la dignité des personnes. Derrière la barrière de la langue se cache une barrière culturelle qu'il faut prendre en compte pour prendre soin de la personne. » - Revue de l'Infirmière

3.2 Exclusion des systèmes de soins et de protection sociale

L'un des effets les plus graves de la barrière linguistique chez les personnes âgées est leur exclusion de fait des systèmes de soins et de protection sociale. Des études ont montré que les immigrés âgés d'États tiers se distinguent par un non-recours aux droits sociaux et un accès aux soins gravement défaillant. Au-delà des effets liés aux conditions matérielles de vie, la perte du lien social ou l'exclusion sociale contribuent directement à la dégradation de leur état de santé.

Les obstacles linguistiques dans l'accès aux soins sont multiples et documentés. Les personnes non francophones ne comprennent pas les ordonnances, les prescriptions médicales ou les instructions liées aux traitements. Elles ne peuvent pas expliquer leurs symptômes avec précision à un médecin. Elles ne comprennent pas les procédures administratives des hôpitaux et des cabinets médicaux. Le manque d'explications sur des procédures simples - comme l'utilisation des tickets pour faire la queue - peut les désorienter, entraînant de longues attentes et exacerbant leur sentiment d'isolement.

3.3 La triple discrimination des femmes âgées non francophones

Les femmes âgées non francophones constituent un sous-groupe particulièrement vulnérable, confronté à une triple discrimination : celle liée à l'âge, celle liée au genre, et celle liée à l'origine et à la langue. Des recherches ont mis en avant plusieurs types de discriminations que vivent les femmes non francophones : des discriminations linguistiques, racistes et islamophobes qui se cumulent et se renforcent mutuellement.

Ces femmes, souvent peu sorties de leur foyer tout au long de leur vie en France, se retrouvent âgées sans avoir jamais eu l'occasion ni la nécessité d'apprendre le français. Leurs relations sociales étaient circonscrites à leur communauté d'origine. Avec la vieillesse, la perte de mobilité et le décès progressif des membres de leur communauté, leur isolement devient total.

3.4 Le phénomène du « veuvage linguistique »
On peut parler d'un véritable « veuvage linguistique » pour désigner la situation de personnes âgées qui, après le décès de leur conjoint ou le départ des enfants, perdent leur dernier interlocuteur dans leur langue maternelle. Cette rupture du lien linguistique affecte profondément l'identité et le sentiment d'existence. Pour ces personnes, la mort du conjoint représente non seulement une perte affective, mais aussi la perte de l'unique pont entre elles et le monde.

Témoignage représentatif (composite, anonymisé)

« Depuis que mon mari est mort, je ne parle plus à personne. Mes enfants m'appellent le dimanche, mais ils sont à Paris. Mes voisins sont gentils mais je ne comprends pas ce qu'ils disent. Je vais chez le médecin mais je ne comprends rien à ce qu'il m'explique. Je passe mes journées seule. Je ne sors plus parce que j'ai peur de ne pas comprendre. » - Femme algérienne de 72 ans, Besançon

IV. CONSEQUENCES SANITAIRES ET SOCIALES

4.1 Impact sur la santé mentale

Les conséquences de l'isolement social sur la santé mentale des personnes âgées sont massives et bien documentées par la littérature scientifique internationale. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les personnes âgées isolées ont un risque de dépression augmenté de 64 % par rapport aux personnes maintenant des liens sociaux.

Pour les personnes âgées non francophones, ce risque est encore amplifié par plusieurs facteurs propres à leur situation : l'impossibilité de verbaliser leur souffrance dans leur langue maternelle auprès d'un professionnel de santé, le sentiment d'être étrangère dans le pays où l'on a pourtant passé la majeure partie de sa vie, et l'incapacité à accéder aux ressources d'aide psychologique.

+64 % de risque de dépression en plus chez les seniors isolés (OMS)

+60 % de risque accru de démence chez les personnes chroniquement seules (Nature Mental Health, 2024)

+30 % de risque de mortalité prématurée chez les personnes âgées seules (Université de York)

4.2 L'isolement et la démence

Une étude publiée en octobre 2024 dans la revue scientifique Nature Mental Health a établi que la solitude chronique augmente de 60 % le risque de démence, notamment la maladie d'Alzheimer. Ce résultat est particulièrement alarmant pour les personnes âgées non francophones.

En effet, le mécanisme neurologique est documenté : la stimulation cognitive apportée par les conversations, les interactions sociales et les activités intellectuelles constitue une protection contre le déclin cognitif. L'absence de stimulation linguistique et sociale crée un appauvrissement neuronal accéléré. Pour des personnes qui ne parlent que leur langue maternelle et se trouvent dans un environnement francophone, cette stimulation est doublement réduite.

« En France, 1 personne âgée sur 4 vit seule, et pour 2 millions d'entre elles, les visites de la famille ou des amis se limitent à moins d'une par mois. Cet isolement social pèse lourd sur leur santé mentale et physique. » - Capretraite.fr, 2025

4.3 Impact sur la santé physique

L'isolement social produit des effets délétères mesurables sur la santé physique des personnes âgées. Des études menées par l'INSERM ont démontré que l'isolement social est associé à une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires, de troubles du sommeil et à une diminution de l'espérance de vie. Plusieurs études scientifiques ont également prouvé que le système immunitaire diminue son activité en cas d'isolement social, ce qui entraîne un affaiblissement général de l'organisme.

Pour les personnes âgées non francophones, ces risques sont aggravés par un phénomène de non-recours aux soins : ne comprenant pas le français et craignant l'incompréhension, elles diffèrent ou évitent les consultations médicales, laissant des pathologies s'aggraver faute de prise en charge précoce.

4.4 L'isolement comme facteur de perte d'autonomie accélérée

L'isolement social des personnes âgées non francophones constitue un facteur important de non-recours aux droits et de perte d'autonomie. Cette perte d'autonomie se manifeste à plusieurs niveaux : difficulté à effectuer les démarches administratives sans aide, incapacité à comprendre et à gérer les traitements médicaux, tendance à réduire les sorties et les activités physiques par peur de l'incompréhension, et dépendance accrue vis-à-vis des proches.

DomaineConséquence documentée
Santé mentaleRisque de dépression augmenté de 64%, anxiété chronique, syndrome dépressif majeur, idéations suicidaires non détectées
CognitionRisque de démence accru de 60%, déclin cognitif accéléré, risque d'Alzheimer amplifié par manque de stimulation sociale
Santé physiqueRisque cardiovasculaire élevé, affaiblissement immunitaire, hypertension, troubles du sommeil, maladies chroniques non traitées
MortalitéRisque de mort prématurée augmenté de 30%, décès tardif découvert par les services sociaux
AutonomiePerte d'autonomie accélérée, non-recours aux droits, dépendance familiale excessive, risque de maltraitance
SocialExclusion totale des réseaux sociaux, mort sociale progressive, perte d'identité et de dignité

V. CONTEXTE LOCAL : BESANÇON ET LA BOURGOGNE-FRANCHE-COMTE

5.1 La situation à Besançon

Besançon, préfecture du Doubs et capitale régionale de la Bourgogne-Franche-Comté, abrite une communauté immigrée significative, notamment en provenance du Maghreb. Comme dans de nombreuses villes françaises de taille moyenne, une partie de cette population est aujourd'hui vieillissante et fait face à l'isolement social aggravé par la barrière linguistique.

La Ville de Besançon, par le biais de son Centre Communal d'Action Sociale (CCAS), assure le suivi de 1 800 Bisontins de plus de 60 ans. Près de 130 auxiliaires de vie sociale se mobilisent 365 jours par an pour les aider dans la vie courante. Des aides-soignants assurent 16 000 soins par an, et plus de 112 000 repas sont livrés annuellement à 580 bénéficiaires. Ces services, bien que précieux, ne sont pas toujours adaptés aux besoins spécifiques des personnes non francophones.

5.2 Les Centres de Ressources Territoriaux (CRT) en Bourgogne-Franche-Comté

L'Agence Régionale de Santé (ARS) de Bourgogne-Franche-Comté a déployé des Centres de Ressources Territoriaux (CRT) pour permettre aux personnes âgées de vieillir à domicile dans les meilleures conditions. Ces dispositifs, mis en application au 1er janvier 2023, permettent aux personnes en perte d'autonomie de bénéficier de services équivalents à ceux d'un EHPAD tout en restant chez elles. Après un premier déploiement en 2022-2024 ayant donné lieu à la création de 14 CRT, la couverture territoriale est progressivement renforcée.

Cependant, ces dispositifs font face à un défi majeur : la communication avec les personnes âgées non francophones. Les informations sur l'existence de ces services, les modalités d'inscription et les droits associés ne parviennent pas à cette population en raison de la barrière linguistique.

5.3 Les bonnes pratiques à valoriser

Des initiatives innovantes existent et méritent d'être valorisées et dupliquées. La Fondation de France mentionne le tiers-lieu « Cœur de Bastide », situé en zone rurale près de Bordeaux, qui accueille des personnes âgées, immigrées ou jeunes en situation de vulnérabilité et leur propose divers services en lien avec les collectivités locales, comme l'apprentissage du français, un accompagnement scolaire ou encore des consultations avec des écrivains publics.

La Maison France Services de Besançon constitue également un lieu-ressource important pour trouver des informations sur tous les pans de la vie quotidienne des personnes âgées. Cependant, pour être réellement accessible aux personnes non francophones, ces services nécessitent une adaptation linguistique et culturelle.

VI. RECOMMANDATIONS DU CENTRE ACHA

Fort de son expertise en matière de droits humains, de lutte contre l'exclusion et de promotion de la dignité des personnes vulnérables, le Centre ACHA formule les recommandations suivantes à l'attention des pouvoirs publics, des collectivités territoriales, des associations et des professionnels de santé et du social. Ces recommandations sont organisées selon cinq axes stratégiques.

Axe 1 - Renforcer la visibilité et le repérage

R1 Créer un observatoire territorial de l'isolement des seniors non francophones

Chaque département, en lien avec les CCAS et les ARS, doit disposer d'un outil de recensement et de suivi des personnes âgées non francophones en situation d'isolement. Cet observatoire alimenterait des plans d'action territoriaux annuels et permettrait d'évaluer l'efficacité des mesures mises en place.

R2 Former les professionnels de proximité à l'identification des situations de détresse linguistique

Les facteurs, agents de la mairie, auxiliaires de vie, professionnels de santé et travailleurs sociaux doivent recevoir une formation spécifique pour identifier les signes d'isolement chez les personnes ne parlant pas français : porte close, courriers entassés, refus répété de soins, signes de malnutrition. Un référentiel national de détection précoce doit être développé.

Axe 2 - Lever les barrières linguistiques dans l'accès aux soins et aux droits

R3 Généraliser les services d'interprétariat médical et social

Toutes les structures de soins, les EHPAD, les services sociaux et les administrations publiques doivent disposer d'un accès rapide à des interprètes professionnels, notamment pour les langues les plus représentées dans la population âgée (arabe, berbère, turc, soninké, wolof). Le recours aux enfants ou proches comme interprètes doit être encadré et évité autant que possible pour des raisons éthiques et de confidentialité médicale.

R4 Développer des outils de communication multilingues pour les services publics

Les informations sur les droits sociaux, les dispositifs d'aide à domicile, les services de soins et les ressources associatives doivent être disponibles dans les principales langues des communautés immigrées âgées. Ces supports doivent être accessibles en format papier, audio et numérique simplifié.

R5 Instaurer un droit à l'interprète dans le cadre médical

À l'instar de ce qui existe dans d'autres pays européens, la France doit reconnaître le droit à l'interprète professionnel pour toute consultation médicale, hospitalisation ou procédure administrative impliquant une personne âgée non francophone. Le coût de cet interprétariat doit être pris en charge par l'assurance maladie.

Axe 3 - Développer des espaces de socialisation adaptés

R6 Financer des tiers-lieux interculturels de proximité

Les pouvoirs publics et les collectivités territoriales doivent soutenir financièrement la création et le maintien de tiers-lieux accueillant spécifiquement les personnes âgées immigrées. Ces espaces offrent des activités en langue maternelle, des cours de français adaptés aux séniors, des espaces de rencontre intergénérationnels et un accompagnement par des écrivains publics multilingues. Le modèle du tiers-lieu « Cœur de Bastide » doit être encouragé et essaimé.

R7 Développer des programmes de visites à domicile par des bénévoles bilingues

À l'image des programmes de service civique ou des initiatives des Petits Frères des Pauvres, des programmes spécifiques de visites à domicile par des bénévoles ou des jeunes en service civique maîtrisant les langues des communautés concernées doivent être développés et financés. Ces visites constituent souvent le seul lien social de ces personnes.

R8 Créer des programmes de récits de vie et de transmission mémorielle

Des programmes permettant aux personnes âgées de partager leur histoire, leurs traditions et leur mémoire - dans leur langue maternelle - avec les générations plus jeunes constituent un puissant antidote à l'isolement. Ces initiatives valorisent leur dignité et leur apport à la société française tout en créant du lien social.

Axe 4 - Adapter les politiques de vieillissement à la diversité culturelle

R9 Intégrer la dimension linguistique dans les plans locaux de lutte contre l'isolement

Les plans communaux et départementaux de lutte contre l'isolement des personnes âgées doivent systématiquement inclure un volet spécifique aux personnes non francophones. Des indicateurs spécifiques doivent être suivis et des budgets dédiés alloués.

R10 Former les professionnels de gérontologie à la compétence culturelle

Les formations initiales et continues des professionnels travaillant auprès des personnes âgées (gérontologues, assistants sociaux, aides-soignants, animateurs en EHPAD) doivent intégrer des modules sur la diversité culturelle, les pratiques religieuses et les besoins spécifiques des personnes immigrées âgées. La compétence culturelle doit être reconnue comme une composante essentielle du soin.

R11 Renforcer les dispositifs de reconnaissance des droits à la retraite pour les immigrés

Beaucoup de personnes âgées immigrées non francophones ne bénéficient pas de l'ensemble de leurs droits à la retraite et aux prestations sociales, faute de pouvoir effectuer les démarches administratives nécessaires. Des dispositifs d'accompagnement spécialisés, multilingues et gratuits, doivent être généralisés pour garantir l'accès effectif aux droits.

Axe 5 - Mobiliser la société civile et le secteur associatif

R12 Soutenir financièrement les associations communautaires de proximité

Les associations communautaires (associations maghrébines, africaines, turques...) jouent un rôle irremplaçable d'interface entre les personnes âgées non francophones et la société française. Elles doivent recevoir un soutien financier pérenne des collectivités pour développer des permanences, des services d'accompagnement et des activités sociales. Le Centre ACHA se propose d'être un acteur de ce maillage à Besançon.

R13 Encourager les programmes intergénérationnels incluant les jeunes issus des communautés concernées

Les jeunes adultes issus des communautés immigrées, qui maîtrisent à la fois le français et la langue de leurs parents ou grands-parents, sont des médiateurs culturels et linguistiques précieux. Des programmes de service civique spécifiques, des stages et des emplois associatifs doivent les mobiliser au service des personnes âgées de leur communauté.

R14 Développer la recherche sur l'isolement des seniors non francophones

La recherche scientifique et sociologique sur l'isolement spécifique des personnes âgées non francophones en France est encore insuffisante. Des programmes de recherche pluridisciplinaires, financés par des fonds publics et privés, doivent être développés pour mieux comprendre les mécanismes, mesurer l'ampleur et évaluer l'efficacité des interventions.

VII. CONCLUSION

L'isolement social des personnes âgées non francophones représente l'une des formes les plus graves et les moins visibles d'exclusion sociale dans la France contemporaine. Ces personnes - qui ont souvent consacré leur vie active à construire la France des Trente Glorieuses - vieillissent dans une solitude aggravée par leur incapacité à communiquer dans la langue du pays qu'elles habitent depuis des décennies.

Les données scientifiques sont sans équivoque : cet isolement tue. Il accélère le déclin cognitif, favorise la dépression, affaiblit le système immunitaire et réduit l'espérance de vie. Pour les personnes non francophones, ces risques sont démultipliés par une exclusion systémique des soins, des droits et des liens sociaux.

La question de l'isolement des personnes âgées non francophones n'est pas seulement une question sanitaire ou sociale : c'est une question de droits humains et de dignité. Une société qui laisse ses membres les plus vulnérables mourir seuls, incompris et sans accès aux soins, faillit à ses valeurs fondamentales.

« Manque de reconnaissance de leur apport au développement économique et social de la France, faibles retraites, accès aux droits défaillants, conditions de logement indignes, santé précaire et dépendance précoce, solitude et isolement - les immigrés âgés peuvent éprouver de nombreuses difficultés et risquent plus que tout autre d'être rapidement fragilisés. » - Rapport parlementaire sur les immigrés âgés, 2013

Le Centre ACHA s'engage à porter ce combat, à Besançon et au-delà, en sensibilisant les acteurs locaux, en développant des programmes d'action ciblés et en plaidant auprès des institutions pour que les recommandations formulées dans cette étude soient prises en compte et mises en œuvre. La dignité des personnes âgées, quelles que soient leur origine et leur langue, est un droit fondamental que notre Centre s'engage à défendre.

« La vieillesse mérite la même dignité que la jeunesse - indépendamment de la langue que l'on parle. »

Centre ACHA - Centre pour les droits de l'homme et la lutte contre le terrorisme

Besançon, France • SIREN 850 614 785

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