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Droits humains

Yémen : l’État qui n’existe plus – Prisons secrètes, milices hors-la-loi et souveraineté confisquée

📅 27 juin 2026 ✍️ acha ⏱️ 0 min de lecture
ACHA France
Centre ACHA France
Centre pour les Droits de l'Homme et la Lutte contre le Terrorisme
Besançon, France · info@acha-france.com · acha-france.com
Rapport analytique Droits humains 27 juin 2026

Yémen : l’État qui n’existe plus – Prisons secrètes, milices hors-la-loi et souveraineté confisquée

CENTRE ACHA · ACHA France · 27 juin 2026

Comment l’Arabie saoudite - désormais seule tutrice du Yémen après l’éviction des Émirats - porte la responsabilité d’un gouvernement en exil à Riyad, de milices hors-la-loi et d’un État qui n’existe plus que sur le papier

Au Yémen, la notion d'État souverain est devenue une fiction juridique. Depuis 2015, le pays est gouverné par une constellation de milices armées, de forces paramilitaires financées par des puissances étrangères et de groupes hors-la-loi qui ont fait de la détention arbitraire, de la torture et de la disparition forcée des outils ordinaires de gouvernance. Cette étude documente l'effondrement de la souveraineté yéménite et ses conséquences directes sur les droits fondamentaux des Yéménites.

◆ I. Un État fantôme : la décomposition de la souveraineté yéménite

Depuis septembre 2014, le Yémen n'a plus de gouvernement fonctionnel sur la majeure partie de son territoire. Ce qui reste du gouvernement internationalement reconnu, installé à Riyad sous tutelle saoudienne, ne gouverne pas - il survit. Il se rend au Yémen en visite, comme un hôte étranger sur son propre sol. Il est entretenu sous perfusion financière saoudienne, maintenu en vie non pour sa légitimité mais pour sa fonction d'écran : donner un vernis de légalité à une intervention étrangère qui a progressivement substitué sa propre logique à celle de l'État yéménite.

La cartographie du pouvoir réel au Yémen en 2025 est celle d'une fragmentation totale. Le nord et l'ouest, y compris la capitale Sanaa et le port stratégique d'Hodeïda sur la mer Rouge, sont sous contrôle houthi. Le sud et l'est étaient théoriquement sous contrôle gouvernemental, mais en réalité divisés entre le Conseil présidentiel - coquille vide de représentants aux intérêts divergents -, le Conseil de transition du Sud financé par les Émirats arabes unis, et les forces de Tariq Saleh sur la côte ouest.

377 000+ morts directs et indirects du conflit entre 2015 et 2021 (PNUD)
4 millions+ de déplacés internes au Yémen
73 membres du personnel de l'ONU détenus arbitrairement par les Houthis (décembre 2025)
Plan humanitaire 2025 financé à seulement 25 % de ses besoins
Décembre 2025 : le CTS émirati lance une offensive contre le gouvernement pro-saoudien
Janvier 2026 : l'Arabie saoudite contre-attaque par frappes aériennes contre son propre "allié" du CTS
Le Yémen Hadramaout contient 80 % des réserves pétrolières du pays - enjeu central des rivalités

◆ 1.1 La coalition saoudienne : libérateurs ou occupants ?

En mars 2015, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont intervenus militairement au Yémen au nom de la légitimité internationale et de la restauration du gouvernement reconnu. Dix ans plus tard, le bilan est accablant : non seulement les Houthis n'ont pas été éradiqués, mais la coalition elle-même est devenue l'un des principaux facteurs de décomposition de l'État yéménite qu'elle prétendait défendre.

Human Rights Watch a documenté l'utilisation par la coalition d'armes fabriquées aux États-Unis dans au moins 21 attaques apparemment illégales au regard du droit de la guerre. Des hôpitaux, des écoles, des ponts et des maisons ont été délibérément ciblés. L'Arabie saoudite n'a à ce jour fait l'objet d'aucune poursuite internationale pour son rôle dans ces crimes de guerre apparents.

« La coalition menée par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis a effectué des frappes aériennes illégales ayant tué et blessé des milliers de civils. L'Arabie saoudite n'a pas été tenue de rendre des comptes pour son rôle dans des crimes de guerre apparents au Yémen. » - Human Rights Watch, Rapport mondial 2024

◆ 1.2 La fin de la coalition : l’Arabie saoudite seule responsable

La révélation la plus décisive de fin 2025 est celle-ci : le prétendu partenariat saoudien-émirati au Yémen a explosé. En décembre 2025, le Conseil de transition du Sud, financé et armé par Abou Dhabi, a lancé une offensive militaire massive contre les zones contrôlées par le gouvernement soutenu par Riyad, s'emparant de vastes territoires de l’Hadramaout - qui renferme 80 % des réserves pétrolières yéménites.

L’Arabie saoudite a répliqué par des frappes aériennes foudroyantes contre les forces du CTS, contraignant les Émirats arabes unis à se retirer officiellement du Yémen. Le résultat est sans ambiguïté : Riyad est désormais la seule puissance tutélaire au Yémen. Elle contrôle le gouvernement, finance les forces armées loyalistes et dicte les orientations politiques. Avec ce monopole du pouvoir vient une responsabilité pleine et entière - celle de toutes les violations commises sur le territoire yéménite sous son influence directe.

« Le Yémen devient ainsi un théâtre classique de rivalités intra-golfe, où l’État local se dissout au profit de logiques géopolitiques concurrentes. » - Le Diplomate, janvier 2026 - une analyse qui s’est depuis vérifiée : les EAU ont quitté le Yémen et l’Arabie saoudite s’est retrouvée seule à tenir les rênes.

◆ ◆ ◆

◆ II. Tariq Saleh et la Résistance nationale : un empire privé hors de tout contrôle

Parmi les acteurs qui incarnent le mieux l'effondrement de l'État yéménite figure Tariq Saleh, neveu de l'ancien président assassiné Ali Abdullah Saleh. Né en 1970, limogé par le président Hadi en 2012, il a refait surface après la mort de son oncle lors de la bataille de Sanaa en décembre 2017, pour construire une force armée personnelle entièrement financée et contrôlée par les Émirats arabes unis.

Tariq Saleh : neveu d'Ali Abdullah Saleh, commandant de la Résistance nationale (NRF)
La NRF a été fondée en 2018 avec financement exclusif des Émirats arabes unis
~4 000 combattants actifs + 5 000 entraînés dans la base militaire émiratie d'Assab (Érythrée)
Les NRF ne sont loyaux qu'à Tariq Saleh - aucune allégeance réelle au gouvernement yéménite
Depuis avril 2022, Tariq Saleh est membre du Conseil présidentiel yéménite
La NRF contrôle la côte ouest : Al Mukha, Hodeïda, Taizz
Février 2025 : forces de Tariq Saleh arrêtent arbitrairement le directeur médiatique du district de Hays

◆ 2.1 Un État dans l'État : des prisons aux couleurs d'Abou Dhabi

La force armée de Tariq Saleh n'est pas une composante de l'armée yéménite. C'est une armée privée, dont les membres ne prêtent allégeance qu'à son commandant, dont le financement vient d'une puissance étrangère, et dont les actions échappent totalement au cadre juridique et institutionnel de l'État yéménite. Ses centres de détention, répartis sur la côte ouest, n'ont aucune base légale dans le droit yéménite.

En février 2025, des sources de droits humains ont documenté l'arrestation arbitraire par une force affiliée à la 7e Brigade des Géants - composante de la Résistance nationale - du journaliste Hussam Bakri, directeur médiatique du district de Hays à Al Hodeïda. Cette arrestation illustre un phénomène systémique : les forces de Tariq Saleh arrêtent, détiennent et font disparaître des individus sans mandat, sans inculpation et sans recours juridique possible.

« Des forces affiliées à la 7e Brigade des Géants, composante de la Résistance nationale dirigée par Tariq Saleh, ont arrêté le journaliste Hussam Bakri. » - Yemen Monitor, février 2025

◆ 2.2 La complicité institutionnelle : membre du Conseil présidentiel et chef de milice

Le cas de Tariq Saleh soulève une question juridique et morale fondamentale : comment un individu peut-il être simultanément membre d'un organe de gouvernance officielle - le Conseil présidentiel yéménite, depuis avril 2022 - et commandant d'une force armée privée finançée par une puissance étrangère, accusée d'arrestations arbitraires et de détentions illégales ? Cette coexistence n'est pas une anomalie : c'est la norme dans le Yémen de 2025.

Le gouvernement yéménite reconnu ne contrôle pas les forces de Tariq Saleh. Il ne peut ni les ordonner ni les sanctionner. Son intégration au Conseil présidentiel n'est pas le signe d'une normalisation - c'est la reconnaissance explicite que le pouvoir réel appartient à ceux qui contrôlent les armes et les financements étrangers, et non aux institutions de l'État.

◆ ◆ ◆

◆ III. Le réseau des prisons secrètes : cartographie de l'horreur

Amnesty International et Human Rights Watch ont documenté de manière systématique l'existence d'un réseau de prisons secrètes opérant au Yémen, principalement dans le sud du pays, sous le contrôle de forces paramilitaires locales alliées aux Émirats arabes unis. Ce réseau constitue l'un des systèmes de détention clandestine les mieux documentés du monde arabe depuis 2016.

51 hommes arrêtés et détenus illégalement documentés par Amnesty entre 2016 et 2018 dans le seul sud du Yémen
Infractions documentées : disparitions forcées, torture, mauvais traitements - qualifiés de crimes de guerre
Les EAU ont « créé un service de sécurité parallèle en dehors de tout cadre légal » (Amnesty International)
Des milliers d'hommes et de garçons détenus illégalement - estimation HRW
L'avocate yéménite Huda Al-Sarari a réuni seule les preuves sous menaces de mort
Justice n'a toujours pas été rendue, malgré les constats internationaux
Tortures documentées : électrochocs, simulacres de noyade, violences sexuelles

◆ 3.1 La mécanique des disparitions forcées

Le schéma des arrestations dans le réseau de prisons secrètes est remarquablement constant. Les hommes - et parfois des garçons - sont arrêtés de manière arbitraire par des forces paramilitaires opérant sans mandat judiciaire. Leurs familles ne sont pas informées du lieu de détention. Les détenus sont transférés entre plusieurs sites, rendant leur localisation impossible. Aucune charge n'est retenue, aucun avocat n'est autorisé, aucun délai de détention n'est respecté.

Amnesty International a établi que les Émirats arabes unis ont formé, équipé, financé et commandé ces forces de sécurité parallèles, qui se sont « soustraites à l'autorité de leur gouvernement ». Cette formulation juridique est capitale : les EAU ont délibérément construit un système de sécurité qui échappe au contrôle de l'État qu'ils prétendent soutenir.
« Les Émirats arabes unis agissent dans des conditions obscures dans le sud du Yémen et semblent avoir créé un service de sécurité parallèle en dehors de tout cadre légal. » - Amnesty International

◆ 3.2 Les tortures documentées : ce qui se passe derrière les murs

Les témoignages recueillis par Amnesty International et Human Rights Watch décrivent des pratiques de torture systématiques dans les centres de détention clandestins. Des détenus rapportent des électrochocs, des suspensions prolongées dans des positions douloureuses, des simulacres d'exécution, des privations de sommeil, de nourriture et d'eau, et des violences sexuelles. Des cadavres de détenus ont été restitués à leurs familles portant des marques de violence incompatibles avec des causes naturelles de décès.

Huda Al-Sarari, avocate et militante yéménite qui a joué un rôle central dans la constitution des preuves pour Human Rights Watch, a mené ces investigations seule, sous des menaces de mort directes. Son cas illustre à la fois le courage exceptionnel des défenseurs des droits humains yéménites et l'absence totale de protection institutionnelle dont ils disposent.

« J'avais peur de quitter ma maison ou de parler aux médias pendant plus d'un mois. Mais maintenant, je veux que le message soit véhiculé. » - Huda Al-Sarari, avocate, Human Rights Watch

◆ ◆ ◆

◆ IV. L'enfer houthi : la détention comme arme de guerre politique

Si les prisons émiraties représentent un système de répression clandestine, les Houthis ont développé un système différent mais tout aussi destructeur : la détention de masse comme outil de gouvernance politique. Dans les zones qu'ils contrôlent - représentant plus de 70 % de la population yéménite - les Houthis maintiennent un appareil répressif qui cible systématiquement toute forme d'opposition, réelle ou supposée.

69 employés de l'ONU détenus arbitrairement par les Houthis entre 2021 et décembre 2025
Dizaines de membres du personnel d'ONG internationales arrêtés - toujours détenus sans inculpation
Journaliste Ahmad Maher : condamné à 4 ans pour « diffusion d'informations fausses » - libéré décembre 2024
Journaliste Naseh Shaker : disparition forcée depuis novembre 2023 par le CTS
Arrestations arbitraires, disparitions forcées, torture : qualifiés de "crimes de guerre" par Amnesty
Les Houthis ciblent : opposants politiques, journalistes, défenseurs des droits, personnel humanitaire
Mai 2025 : frappe aérienne américaine sur un centre de détention houthi pour migrants à Saada - dizaines de morts

◆ 4.1 La stratégie de l'otage institutionnel

L'arrestation de 69 membres du personnel des Nations unies entre 2021 et décembre 2025 représente une stratégie délibérée des Houthis pour paralyser l'aide humanitaire internationale et exercer une pression sur les négociations politiques. En utilisant des travailleurs humanitaires comme monnaie d'échange, les Houthis violent simultanément le droit humanitaire international, les Conventions de Genève et les normes fondamentales des droits humains.

Ces arrestations ont aggravé une crise humanitaire déjà catastrophique : face aux risques pour leur personnel, plusieurs organisations ont dû réduire ou suspendre leurs opérations dans les zones houthies, privant de millions d'habitants l'accès à l'aide alimentaire, aux soins médicaux et à l'eau potable dans un pays qui connaissait déjà l'une des plus grandes épidémies de choléra au monde.

« Les Houthis ont aggravé la crise humanitaire en procédant à plusieurs reprises à des arrestations massives d'employés des Nations unies et d'autres membres du personnel humanitaire participant à la distribution de services vitaux. » - Amnesty International, 2025

◆ 4.2 La répression des journalistes et de la société civile

Dans les zones houthies, l'exercice du journalisme est devenu une activité à haut risque de mort ou d'emprisonnement. Le cas du journaliste Ahmad Maher est emblématique : condamné en mai 2024 par le tribunal pénal spécial à quatre ans d'emprisonnement pour « diffusion d'informations fausses et falsification de documents d'identité », deux infractions qui n'existent pas en droit international, il n'a été libéré qu'en janvier 2025 après intervention de la Cour d'appel.

◆ ◆ ◆

◆ V. La complicité internationale : quand les droits humains passent après les intérêts géopolitiques

Ce qui rend la situation yéménite particulièrement révoltante du point de vue des droits humains, c'est l'indifférence calculée de la communauté internationale face aux violations documentées. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France - membres permanents du Conseil de sécurité, signataires des conventions internationales de droits humains - ont continué à vendre des armes à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis après la documentation des crimes de guerre.

États-Unis : appui logistique et renseignement à la coalition + armes valant des milliards de dollars
HRW : armes américaines utilisées dans au moins 21 attaques illégales documentées
Royaume-Uni : Haute Cour de justice saisie en 2024 contre le renouvellement des ventes d'armes à Riyad
MBS (Premier ministre saoudien) : immunité accordée par l'administration Biden en 2023
Aucune poursuite internationale engagée contre l'Arabie saoudite pour crimes de guerre au Yémen
Garde-frontières saoudiens : centaines de migrants éthiopiens tués à la frontière (2022-2023)
L'ONU joue un rôle de médiateur mais manque de moyens coercitifs face aux violations

◆ 5.1 Le cas Khashoggi révélateur d'une impunité systémique

L'immunité accordée par l'administration Biden au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane pour l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018 illustre parfaitement la logique qui prévaut dans la gestion du dossier yéménite : les considérations géopolitiques et économiques priment systématiquement sur la justice et les droits humains. Si MBS ne peut être poursuivi pour le meurtre d'un journaliste enregistré sur vidéo, il est illusoire d'espérer des poursuites pour des milliers de crimes moins médiatisés perpétrés au Yémen.

◆ 5.2 Les assassinats par mercenaires : la vérité que la BBC a révélée

En 2024, une enquête de la BBC a révélé l'une des vérités les plus troublantes du conflit yéménite : des dizaines de cadres et militants du parti Al-Islah ainsi que des journalistes ont été assassinés dans le sud du Yémen, principalement entre 2016 et 2018, par des mercenaires recrutés par les Émirats arabes unis via la société israélienne Spear Operations Group, dont les recrues sont principalement d'anciens militaires américains. Ces assassinats avaient été faussement attribués aux Houthis et à des règlements de comptes internes.

« Ces assassinats ont été faussement attribués aux Houthis avant qu'une enquête de la BBC publiée en 2024 ne révèle les véritables commanditaires et l'implication d'une société de mercenariat israélienne, Spear Operations Group. » - Wikipédia, Guerre civile yéménite

◆ ◆ ◆

◆ VI. Analyse droits de l'homme : les violations et leurs fondements juridiques

Art. 9 PIDCP - Droit à la liberté et à la sécurité : la détention arbitraire généralisée viole ce droit fondamental
Art. 7 PIDCP - Interdiction de la torture : actes de torture documentés = crimes de guerre selon le droit humanitaire international
Conventions de Genève (IV) : protection des civils en temps de guerre - violations systémiques par toutes les parties
Convention contre la torture (ONU, 1984) : ratifiée par les États fournisseurs d'armes complices
Statut de Rome (CPI) : disparitions forcées systématiques = crime contre l'humanité
Art. 19 PIDCP - Liberté d'expression : arrestations systématiques de journalistes et défenseurs des droits
Résolution 2216 du Conseil de sécurité (2015) : embargo sur les armes aux Houthis - aucun mécanisme équivalent pour les autres parties

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◆ VII. Recommandations du Centre ACHA

◆ R1 - Recommandations urgentes (0-12 mois)

R1.1 Exiger du Conseil de sécurité de l'ONU la création d'un mécanisme indépendant d'enquête sur les crimes de guerre commis par toutes les parties au Yémen, y compris la coalition saoudienne - et pas seulement les Houthis.

R1.2 Demander la libération immédiate et inconditionnelle de l'ensemble des membres du personnel de l'ONU et des travailleurs humanitaires détenus par les Houthis, conformément au droit humanitaire international.

R1.3 Appeler les États fournisseurs d'armes (États-Unis, France, Royaume-Uni) à suspendre immédiatement toute vente d'armes à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis tant que des enquêtes indépendantes sur les crimes de guerre sont en cours.

R1.4 Documenter et transmettre au Procureur de la Cour pénale internationale les preuves disponibles sur les prisons secrètes émiraties et les assassinats par mercenaires, avec demande d'ouverture d'une enquête préliminaire.

◆ R2 - Recommandations structurelles (1-5 ans)

R2.1 Plaider pour l'adoption par l'Assemblée générale de l'ONU d'une résolution contraignante sur la responsabilité des puissances régionales dans les conflits par procuration, établissant leur responsabilité pour les violations commises par leurs forces supplétives.

R2.2 Exiger la dissolution des forces armées privées opérant hors du cadre légal yéménite - y compris les forces de Tariq Saleh - et leur remplacement par des forces de sécurité nationales sous contrôle civil et judiciaire.

R2.3 Soutenir la mise en place d'un programme de protection internationale des défenseurs des droits humains yéménites, notamment les femmes comme Huda Al-Sarari, qui risquent leur vie pour documenter les violations.

R2.4 Conditionner toute normalisation avec l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à des engagements vérifiables sur la fermeture des prisons secrètes au Yémen et la restitution des détenus disparus à leurs familles.

R2.5 Soutenir un processus de paix yéménite mené par les Yéménites eux-mêmes, tel que défendu par l'envoyé spécial de l'ONU Hans Grundberg, avec exclusion explicite de toute solution militaire imposée par des puissances régionales.

◆ ◆ ◆

◆ Conclusion

Le Yémen de 2025 n’est pas un État en guerre. C’est un territoire sous tutelle saoudienne, où l’Arabie saoudite - désormais seule aux commandes après l’éviction des Émirats arabes unis - assume la pleine responsabilité d’un ordre dont elle est l’architecte. Un gouvernement qui réside à Riyad et visite son propre pays comme un hôte. Des milices qui emprisonnent et torturent sans mandat. Des prisons secrètes sans juge ni avocat. Pendant ce temps, 377 000 personnes sont mortes, 4 millions ont été déplacées, et des milliers croupissent dans des centres de détention clandestins sans que la communauté internationale ne demande de comptes à leurs geôliers.

La question n'est pas de savoir qui a raison dans le conflit yéménite. La question est de savoir combien de temps la communauté internationale peut continuer à vendre des armes, à accorder des immunités et à valider des processus de paix cosmétiques pendant que des crimes contre l'humanité sont commis en toute impunité sur le sol yéménite.

Le Centre ACHA appelle à ne pas confondre la fin des combats avec la paix, ni la reconnaissance diplomatique avec la légitimité. Un État qui ne peut pas protéger ses citoyens des milices armées, des prisons secrètes et des puissances étrangères n'est pas un État. C'est une fiction - et les Yéménites paient cette fiction de leur liberté, de leur santé et de leur vie.

◆ ◆ ◆

◆ Sources et références

Amnesty International - Les prisons secrètes du Yémen (rapport, 2018 - réédité novembre 2025)
Amnesty International - L'enfer des détenus sous le contrôle des Houthis (2024-2025)
Amnesty International - Rapport annuel Yémen 2025 (situation des droits humains)
Human Rights Watch - Rapport mondial 2024 : Arabie saoudite et Yémen
Human Rights Watch - Réseau clandestin de prisons secrètes, Huda Al-Sarari
ACLED - Profil des Forces de résistance nationale (NRF) / Tariq Saleh
ONU Info - Le Yémen : un effondrement général et un calme précaire (juin 2025)
Conseil de sécurité - Réunion du 14 janvier 2026, envoyé spécial Hans Grundberg
BBC - Enquête sur les assassinats par mercenaires en lien avec Spear Operations Group (2024)
Yemen Monitor - Arrestation journaliste Hussam Bakri par forces Tariq Saleh, février 2025
Wikipedia FR - Guerre civile yéménite (mise à jour juin 2025)
Wikipedia FR - Offensive du sud du Yémen 2025-2026
Le Diplomate - Sécession Arabie du Sud Yémen 2025 : un tournant décisif (janvier 2026)
PNUD - Enquête 2021 : 377 000 morts directs et indirects du conflit 2015-2021
OCHA - Plan humanitaire Yémen 2025 : financé à 25 % seulement
PIDCP (ONU, 1966) • Convention contre la torture (ONU, 1984) • Statut de Rome (CPI, 1998)
Conventions de Genève (1949) et Protocoles additionnels • Résolution 2216 du Conseil de sécurité

Document produit par le Centre ACHA France - Centre pour les droits de l'homme et la lutte contre le terrorisme. Besançon, Doubs • SIREN 850 614 785 • Juin 2025. Tous droits réservés.

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