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Rapports

Rapport hebdomadaire d’ACHA Le monde sous pression : terrorisme et haine, une semaine qui révèle l’extension des menaces

📅 9 juillet 2026 ✍️ acha ⏱️ 0 min de lecture
ACHA France
Centre ACHA France
Centre pour les Droits de l'Homme et la Lutte contre le Terrorisme
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Rapport analytique Rapports 9 juillet 2026

Rapport hebdomadaire d’ACHA Le monde sous pression : terrorisme et haine, une semaine qui révèle l’extension des menaces

CENTRE ACHA · ACHA France · 9 juillet 2026

Une semaine de braises : terrorisme, racisme et procès sous tension

Le rapport SENTINEL ACHA 03/2026 recense 71 signalements entre le 2 et le 9 juillet, dont 45 classés CRITIQUE - un instantané saisissant d'un monde sous pression

De Damas à Bamako, de Paris à Monaco, la semaine écoulée n'a pas laissé de répit aux capteurs de la veille multiplateforme du Centre ACHA. Terrorisme, violences racistes et procès à haute charge symbolique ont dominé l'espace médiatique surveillé, confirmant que la menace n'est ni géographiquement circonscrite ni thématiquement uniforme.

Par la Direction de la Recherche et de l'Analyse stratégique - ACHA France

Une double détonation au petit matin. Les deux engins ont explosé quasi simultanément à quelques mètres de distance, à Damas, alors que la visite d'Emmanuel Macron battait son plein. L'une des bombes "artisanales" était placée dans une benne à ordures et l'autre dans un véhicule, près de l'hôtel Four Seasons, dans le centre de la capitale. Quatre policiers figurent parmi les 18 blessés, selon le ministère syrien de l'Intérieur.

Le président français n'a pas entendu les détonations, selon l'Élysée. Sa visite s'est poursuivie - première d'un dirigeant occidental depuis la chute de Bachar al-Assad. Le ministre syrien de l'Intérieur, Anas Khattab, a déclaré que "ces actes de sabotage perpétrés aujourd'hui (...) avaient pour but de porter atteinte à la visite du président français".

Le signal politique était lisible, la fracture sécuritaire l'était plus encore. "Ahmed al-Charaa s'efforce de convaincre que la Syrie est redevenue relativement stable et sûre", analyse l'expert Adel Bakawan, "mais ces deux explosions à Damas envoient un signal exactement inverse en rappelant que la Syrie n'est ni sécurisée, ni stabilisée." Un constat qui fait écho à l'attentat du 2 juillet, lorsqu'un engin explosif artisanal avait frappé un café du quartier d'Al-Hamidiyah, en plein cœur de Damas, faisant 10 morts et une vingtaine de blessés.

En marge du choc sécuritaire, Macron portait aussi un agenda économique. La France s'est engagée à participer à "la reconstruction d'infrastructures dans des secteurs comme le tourisme, l'agriculture, l'industrie", et Damas s'apprête à commander huit avions au constructeur européen Airbus. Les deux pays se sont également entendus pour reprendre les relations au niveau des ambassadeurs "le plus tôt possible".

SAHEL : UNE SEMAINE DE FEU DES DEUX CÔTÉS DU FLEUVE

À 4 000 kilomètres de Damas, le Mali vivait sa propre tempête. L'offensive est coordonnée : indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA) et jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) mènent les assauts côte à côte. Leur cible principale : Anéfis, verrou stratégique. C'est l'une des deux dernières villes détenues par Bamako dans le nord du Mali sur la route entre Kidal et Gao.

Entre cinq et huit véhicules militaires ont été détruits lors de l'embuscade tendue contre le convoi de renfort, selon Wamaps, un collectif de journalistes spécialisés dans les questions sécuritaires au Sahel. Un hélicoptère de l'armée a également été abattu à Tabrichat. Cette nouvelle offensive massive démontre, une fois de plus, que l'alliance entre les deux mouvements est réelle, persiste dans le temps et peut faire vaciller le pouvoir d'une junte militaire incapable de s'opposer à son avancée.

Au Burkina Faso voisin, le bilan était lui aussi lourd. Au moins une cinquantaine de soldats et de volontaires pour la défense de la patrie (VDP) ont été tués samedi 4 juillet lors d'attaques complexes menées par le JNIM, affilié à Al-Qaïda. Ces attaques ont visé plusieurs localités du pays : au nord, au nord-ouest et au sud-ouest. Plusieurs camps ont été pillés et des armes emportées par les jihadistes. Pour l'instant, aucune réaction des autorités, mais le JNIM a revendiqué ces attaques. Ce silence institutionnel est devenu la règle : le régime militaire, autoritaire, répressif et souverainiste, ne communique plus depuis plusieurs années le nombre de soldats tués lors des attaques - il avance parfois des bilans de riposte que l'AFP ne peut pas vérifier de sources indépendantes.

Pendant ce temps, au Maroc, la DGST agissait avec une discrétion chirurgicale. La Direction générale de la surveillance du territoire a mené, le 6 juillet à l'aube, une vaste opération antiterroriste ayant permis le démantèlement d'une cellule affiliée à l'État islamique au Sahel. L'intervention, conduite simultanément à Agadir, Taroudant, Casablanca, El Hajeb, Tétouan, Fquih Ben Salah et Safi, a abouti à l'arrestation de dix individus. Lors des perquisitions, un véhicule modifié pouvant servir pour un attentat-suicide a été découvert, ainsi que des armes blanches. Parmi les personnes interpellées figurent un mineur de 17 ans ainsi qu'un ancien détenu déjà condamné en vertu de la loi antiterroriste.

« Ces deux explosions à Damas envoient un signal exactement inverse : la Syrie n'est ni sécurisée, ni stabilisée. »

ADEL BAKAWAN, EXPERT, CITÉ PAR FRANCE 24

RACISME ET JUSTICE : DEUX AFFAIRES QUI BOUSCULENT LES CERTITUDES

La semaine aurait pu passer sans fracas judiciaire. C'était sans compter le tribunal correctionnel de Paris, où l'eurodéputée Rima Hassan devait répondre, le 7 juillet, d'une accusation d'apologie du terrorisme. La justice lui reproche un post publié sur son compte X fin mars dans lequel elle mentionnait le Japonais Kōzō Okamoto, l'un des auteurs de l'attaque perpétrée à l'aéroport de Tel-Aviv en 1972, qui avait tué 26 personnes.

La 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris a renvoyé, mardi 7 juillet, le procès de l'eurodéputée Rima Hassan pour apologie du terrorisme, à la demande de son avocat, Vincent Brengarth. Le conseil de l'élue insoumise a considéré qu'il n'avait pas eu assez de temps pour étudier les pièces contradictoires du dossier, envoyées par les avocats des multiples associations qui se sont constituées parties civiles. La militante pour la Palestine, élue au Parlement européen en 2024, sera jugée les 19 et 20 octobre.

À la mi-journée, des centaines de personnes se sont rassemblées sur le parvis du tribunal correctionnel pour soutenir l'eurodéputée, dont plusieurs députés LFI, le leader du mouvement Jean-Luc Mélenchon ou encore le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko. Plus de 200 personnalités avaient signé une tribune publiée dans L'Humanité en soutien à l'eurodéputée, dont la Prix Nobel de littérature Annie Ernaux et l'ex-ministre Christiane Taubira. Dans le cadre de deux autres procédures, Rima Hassan doit également comparaître le 16 septembre pour les chefs d'"apologie publique de crime ou délit" et "provocation publique et directe non suivie d'effet à commettre un crime ou un délit".

Sur un tout autre registre, la Coupe du monde 2026 a fourni le théâtre d'une affaire de racisme à retentissement international. Celeste Amarilla, sénatrice paraguayenne, a publié, le lundi 6 juillet, sur X, un message à caractère raciste visant l'international français Kylian Mbappé, au lendemain de la victoire des Bleus face au Paraguay. Après la défaite du Paraguay contre la France (1-0) en huitièmes de finale du Mondial 2026, Mme Amarilla a notamment qualifié Mbappé de "Camerounais issu de la colonisation, s'efforçant désespérément de passer pour un Français".

La réaction a été immédiate et plurielle. "Les propos racistes de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla visant Kylian Mbappé sont totalement abjects et inacceptables", a indiqué la FFF dans un communiqué, ajoutant procéder "à un signalement au parquet à des fins de poursuite judiciaire". De son côté, le président Emmanuel Macron a exprimé son soutien à Kylian Mbappé et à l'équipe de France "face aux attaques racistes dont le capitaine des Bleus a fait l'objet". Le gouvernement paraguayen lui-même a précisé que les propos de la sénatrice "ne représentent en aucun cas la position du gouvernement de la République du Paraguay ni du peuple paraguayen". Âgée de 61 ans, membre du Parti libéral, premier parti d'opposition minoritaire, Mme Amarilla a, à plusieurs reprises, été au centre de polémiques dans la politique paraguayenne.

SIGNAL FAIBLE, MENACE MONTANTE : LE MASCULINISME RADICAL SOUS SURVEILLANCE

La semaine a également remis en lumière une alerte moins visible mais structurellement préoccupante. La DGSI s'intéresse "depuis quelques années" à la frange radicale du masculinisme, qui présente "beaucoup de points de convergence avec l'ultra droite" et une "potentialité terroriste forte", explique le responsable du service en charge de l'ultra-droite. Un risque que le Procureur national antiterroriste prend également au sérieux - Olivier Christen évoque certains contenus qui "appellent à attaquer des femmes sur notre territoire pour affirmer une suprématie masculine".

Ce volume reste limité, mais n'est pas marginal, dans la mesure où la menace terroriste d'ultra droite constitue aujourd'hui la deuxième plus importante en France, après le djihadisme. À ce jour, plusieurs dizaines de profils de mineurs sont pris en charge par les services de l'État pour être déradicalisés. Jusqu'ici, seul un homme adhérant à cette idéologie a été mis en examen en juillet 2025 en France pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle".

Enfin, à Monaco, l'affaire du colis piégé a pris une tournure digne d'un roman d'espionnage. Anastasia Berezovska, 39 ans, avait été désignée comme principale suspecte par Interpol pour l'explosion d'un colis piégé devant un immeuble résidentiel de Monaco, qui avait fait trois blessés fin juin. Le corps de l'Ukrainienne soupçonnée d'avoir déposé ce colis piégé a été retrouvé sans vie près de Kyiv, a déclaré le bureau du procureur général ukrainien. L'un des deux hommes arrêtés en lien avec cette affaire serait un membre actif du service de renseignement militaire ukrainien et l'autre un ancien agent des forces de l'ordre. L'attaque de Monaco, qui n'est pas considérée à ce stade comme un attentat terroriste, semble avoir eu pour cible un oligarque ukrainien, Vadim Ermolaev.

Ce que la veille SENTINEL v2 documente, en creux, cette semaine, c'est l'élargissement du spectre de la menace - du Sahel en flammes aux prétoires parisiens, d'un terrain de football aux couloirs des services secrets. La haine, comme la violence, ne choisit ni son heure ni sa géographie.

REPÈRES - CHIFFRES CLÉS DE LA VEILLE SENTINEL N° 03/2026

◆ 71 signalements analysés du 02 au 09 juillet 2026

◆ 45 classés CRITIQUE (63 %), 21 ÉLEVÉ (30 %), 4 MOYEN (6 %), 1 FAIBLE (1 %)

◆ Thématique dominante : Terrorisme - 38 signalements (54 %)

◆ Sources surveillées : 10 médias FR/ + YouTube

◆ Signalements racisme & discrimination : 22 (31 %)

Informations manquantes - Bilan définitif des combats autour d'Anéfis (pertes exactes côté FAMa et Africa Corps, non vérifiables de sources indépendantes) ; cibles précises envisagées par la cellule démantelée au Maroc (non divulguées par le BCIJ) ; identité complète des personnes mises en examen dans le dossier Rima Hassan hors procédure principale ; nombre total de civils déplacés lors des attaques coordonnées du 4 juillet au Burkina Faso.

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