📍 Besançon, France ✉️ info@acha-france.com 🕐 Lun–Ven 9h–17h
Le repli n'est pas un choix - pourquoi certains immigrés en France se referment sur leurs cercles d'appartenance La menace croissante de l'usage terroriste des drones (UAS) : précédents, cadre normatif et coopération internationale De la frontière à l'écran - comment la crise de Ceuta est devenue un laboratoire de l'extrémisme numérique transnational Le cas Awalkhan K. à Lourdes : ce qu'établit l'enquête, et ce qu'il ne permet pas de généraliser Antisémitisme au Royaume-Uni : un niveau proche du record historique, une violence en forte aggravation Terrorisme dans l'Union européenne - ce que les chiffres d'Europol révèlent vraiment Le repli n'est pas un choix - pourquoi certains immigrés en France se referment sur leurs cercles d'appartenance La menace croissante de l'usage terroriste des drones (UAS) : précédents, cadre normatif et coopération internationale De la frontière à l'écran - comment la crise de Ceuta est devenue un laboratoire de l'extrémisme numérique transnational Le cas Awalkhan K. à Lourdes : ce qu'établit l'enquête, et ce qu'il ne permet pas de généraliser Antisémitisme au Royaume-Uni : un niveau proche du record historique, une violence en forte aggravation Terrorisme dans l'Union européenne - ce que les chiffres d'Europol révèlent vraiment
← Retour
Études & Analyses

La menace croissante de l’usage terroriste des drones (UAS) : précédents, cadre normatif et coopération internationale

📅 18 août 2026 ✍️ acha ⏱️ 0 min de lecture
ACHA France
Centre ACHA France
Centre pour les Droits de l'Homme et la Lutte contre le Terrorisme
Besançon, France · info@acha-france.com · acha-france.com
Rapport analytique Études & Analyses 18 août 2026

La menace croissante de l’usage terroriste des drones (UAS) : précédents, cadre normatif et coopération internationale

Centre ACHA · ACHA France · 18 août 2026

I. Objet de l'étude et contexte immédiat

Le 1er juillet 2026, en marge de la Semaine de lutte contre le terrorisme (CT Week) organisée au siège des Nations unies à New York, le Japon, la République de Corée, le Portugal et les Émirats arabes unis ont co-organisé, avec le Bureau des Nations unies de lutte contre le terrorisme (UNOCT), un événement parallèle consacré à la menace croissante que représente l'usage terroriste des systèmes d'aéronefs sans pilote, ou drones.

Cette rencontre a réuni des représentants de haut niveau des États membres, des responsables des Nations unies et des experts techniques, afin d'examiner comment mieux harmoniser les réponses juridiques, réglementaires et opérationnelles face à une technologie en évolution rapide.

La banalisation des drones commerciaux transforme un outil de loisir ou d'usage professionnel en vecteur d'attaque low-cost contre des infrastructures critiques, l'aviation civile et les espaces publics.

La présente étude propose une mise en perspective de cet événement : elle retrace les précédents documentés d'usage terroriste des drones, présente le cadre normatif international existant, et formule des recommandations opérationnelles pour les acteurs français et européens de la prévention.

II. Une menace documentée depuis la bataille de Mossoul

L'usage de drones à des fins terroristes n'est pas un scénario prospectif. Il trouve son origine documentée dans la bataille de Mossoul, entre 2016 et 2017, lorsque le groupe Daech a employé des drones commerciaux modifiés pour larguer de petites charges explosives sur les forces irakiennes et sur un dépôt de munitions à Deir ez-Zor, en Syrie.

Ce précédent a marqué, selon plusieurs analyses spécialisées, le début d'une seconde phase de la guerre des drones - jusque-là dominée par l'usage étatique d'appareils militaires tels que les Predator et Reaper américains, désormais concurrencée par des acteurs non étatiques utilisant du matériel civil détourné.

En août 2018, le président vénézuélien Nicolás Maduro a survécu à une tentative d'assassinat par drones chargés d'explosifs lors d'un défilé militaire à Caracas.

En janvier 2019, une attaque de drone attribuée aux Houthis contre un défilé militaire du gouvernement yéménite a fait sept morts, dont plusieurs responsables de haut rang. Ces épisodes ont confirmé que le drone pouvait désormais viser des cibles humaines de haut niveau, et non plus seulement des infrastructures.

III. Panorama des acteurs non étatiques utilisateurs de drones

Plusieurs organisations désignées comme terroristes par des résolutions du Conseil de sécurité ou par des États ont depuis intégré les drones à leur arsenal opérationnel. Le Hezbollah libanais a mené, dès juillet 2017, des attaques de drones de fabrication iranienne contre des cibles israéliennes, notamment le champ gazier offshore de Karish.

Selon les données du Global Terrorism Trends and Analysis Center, le mouvement houthi a mené 388 attaques de drones entre 2018 et 2024, visant le gouvernement yéménite, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Israël, des forces militaires américaines et des navires commerciaux en mer Rouge.

Depuis le déclenchement du conflit à Gaza en octobre 2023, les attaques houthies en mer Rouge se sont multipliées, ciblant le trafic maritime international ainsi que des infrastructures pétrolières saoudiennes, obligeant une coalition internationale à intercepter drones et missiles pour protéger la navigation commerciale.

Au-delà du théâtre moyen-oriental, des groupes criminels organisés, notamment des cartels en Amérique latine, ont également recouru à des drones armés de charges explosives improvisées contre des forces de sécurité, illustrant une diffusion de la technologie bien au-delà des seuls réseaux jihadistes.

IV. Le cadre normatif international existant

Face à cette diffusion, le Conseil de sécurité des Nations unies a, dès 2016, commencé à intégrer la menace des drones dans ses résolutions relatives au terrorisme. Les résolutions 2309 (2016), 2341 (2017), 2370 (2017) et 2396 (2017) appellent les États membres à envisager des mesures supplémentaires contre l'usage de ces technologies à des fins terroristes.

La résolution 2370 (2017) condamne en particulier le transfert continu d'armes, y compris de drones et de leurs composants, vers Daech, Al-Qaïda, leurs filiales et les groupes qui leur sont associés.

Créé en 2021 au sein de l'UNOCT, le programme AROS (Autonomous and Remotely Operated Systems) constitue la réponse institutionnelle multilatérale la plus aboutie à ce jour face à la menace des drones terroristes.

Mis en œuvre conjointement par la Direction des projets spéciaux et de l'innovation de l'UNOCT et par le Centre des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme (UNCCT), le programme AROS travaille en coopération étroite avec l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme (CTED) et l'organisation non gouvernementale Conflict Armament Research (CAR).

Il a notamment produit, avec CAR, un rapport mondial de référence sur l'acquisition, la militarisation et le déploiement de drones par des acteurs non étatiques à des fins terroristes, fondé sur un questionnaire adressé aux États membres, des entretiens avec des entités onusiennes et une série de consultations d'experts techniques.

V. La Semaine de lutte contre le terrorisme 2026 à l'ONU

La quatrième Semaine de lutte contre le terrorisme s'est tenue du 26 juin au 2 juillet 2026 au siège des Nations unies à New York, sous le thème d'un avenir libéré du terrorisme fondé sur l'action et le leadership des États membres.

Elle a comporté une conférence de haut niveau des chefs d'agences de lutte contre le terrorisme des États membres, les 29 et 30 juin, suivie de la séance plénière de l'Assemblée générale consacrée au neuvième examen de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations unies, les 1er et 2 juillet.

DatesVolet de la Semaine 2026
26 juin - 2 juilletUne quarantaine d'événements parallèles organisés par États membres, entités du Pacte mondial, société civile, monde académique et secteur privé
29 - 30 juinQuatrième Conférence de haut niveau des chefs d'agences de lutte contre le terrorisme des États membres
1er juilletÉvénement parallèle sur la menace terroriste des drones (UAS), co-organisé par le Japon, la Corée du Sud, le Portugal et les Émirats arabes unis
1er - 2 juilletSéance plénière de l'Assemblée générale - neuvième examen de la Stratégie antiterroriste mondiale (A/80/620)

Le neuvième examen de la Stratégie, adoptée par consensus le 8 septembre 2006 et révisée tous les deux ans, est piloté par les représentants permanents de la Finlande et du Royaume du Maroc, désignés co-facilitateurs par le président de l'Assemblée générale, avec l'appui substantiel de l'UNOCT.

L'inscription d'un événement dédié aux drones au cœur de la CT Week 2026 traduit une inflexion assumée de l'agenda multilatéral vers les technologies émergentes, aux côtés de la coopération numérique et de l'engagement de la jeunesse.

VI. Défis pour la détection et la réponse opérationnelle

Trois facteurs structurent la difficulté du problème. D'abord, la baisse continue du coût des drones commerciaux les rend accessibles à des groupes disposant de moyens financiers limités, contrairement aux systèmes d'armes classiques.

Ensuite, leur caractère dit à double usage - civil et militaire - complique toute régulation : un même appareil peut servir à la photographie aérienne, à l'agriculture de précision ou, détourné, au transport d'une charge explosive improvisée.

Enfin, la rapidité de l'innovation technologique - autonomie accrue, essaims coordonnés, résistance au brouillage - expose les dispositifs de détection à un risque permanent d'obsolescence, ce qui explique l'insistance des organisateurs de l'événement du 1er juillet sur le renforcement des capacités de détection précoce.

D'après le directeur du Centre des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme, la coopération et l'échange d'informations entre États demeurent le levier le plus déterminant pour prévenir l'usage terroriste des drones, davantage que toute solution technique isolée.

VII. Implications pour la France et l'Europe

La France, comme les autres membres de l'Union européenne, est directement concernée par cette menace au regard de la protection de ses infrastructures critiques - centrales énergétiques, aéroports, sites industriels sensibles - et de la sécurisation de grands événements publics et sportifs.

L'expérience récente de survols de drones non identifiés au-dessus de sites sensibles européens, largement commentée dans la presse depuis 2024, illustre la nécessité de disposer de capacités de détection et de neutralisation adaptées au contexte civil, hors des théâtres de conflit armé.

Le programme AROS, financé notamment par l'Allemagne, le Qatar, les Émirats arabes unis et le Fonds des Nations unies pour la consolidation de la paix, offre un cadre de coopération et de formation auquel les autorités françaises peuvent utilement se référer.

Recommandations d'ACHA France

- Encourager les autorités françaises à approfondir leur coopération avec le programme AROS de l'UNOCT et l'OACI en matière de formation à la détection et à la criminalistique numérique des drones.

- Plaider pour une doctrine nationale claire de protection des infrastructures critiques face aux drones, associant autorités civiles, opérateurs privés et forces de sécurité intérieure.

- Soutenir l'harmonisation européenne des cadres réglementaires relatifs à la vente et à l'enregistrement des drones commerciaux, afin de limiter les détournements à des fins malveillantes.

- Sensibiliser le secteur associatif et journalistique français à la nécessité d'un traitement rigoureux de cette menace, évitant tout amalgame avec une religion, une nationalité ou une communauté particulière.

- Maintenir une veille documentaire sur les résolutions du Conseil de sécurité et les rapports UNOCT-CAR relatifs aux drones, afin d'alimenter le plaidoyer d'ACHA France en matière de prévention du terrorisme.

Budget prévisionnel de veille et de plaidoyer

Le suivi de ce dossier par ACHA France s'inscrit dans le programme annuel de veille internationale de l'association, sans nécessiter de moyens exceptionnels au-delà de la présence aux publications et rapports publics de l'UNOCT.

PosteEstimation annuelle
Veille documentaire ONU/UNOCT/AROS (temps salarié)Intégrée au budget veille
Actualisation de la présente étude1 mise à jour après le rapport CAR-UNOCT suivant
Participation à un webinaire ou événement AROSSelon calendrier 2027 - budget à confirmer
💛 Faire un don
100%