De la haine à l’extrémisme violent : lecture sociologique et sécuritaire du territoire de Besançon
Une analyse du continuum entre discours de haine, discriminations et risques de radicalisation sur l'agglomération bisontine, replacée dans le cadre national et européen
Par la Rédaction ACHA France • Besançon, mai 2026
Besançon, vendredi 22 mars 2025. Des militants du Comité de vigilance antifasciste et de l'association Solmiré se rassemblent place de la Révolution pour marcher contre le racisme et le fascisme. En ce lendemain de la Journée internationale de lutte contre le racisme, ils dénoncent un « racisme institutionnel » et un « discours politique qui pousse au rejet ». Quelques mois plus tôt, en octobre 2023, c'est un adolescent de seize ans qui était interpellé à Roche-lez-Beaupré -commune de l'agglomération bisontine -après avoir posté sur Discord des menaces de « tirer dans une mosquée ». Deux événements distincts, deux registres différents, mais un même territoire. Besançon n'est pas une ville à part. Elle est une ville française ordinaire -ce qui signifie aujourd'hui une ville traversée par les tensions qui fracturent le pays : montée des actes haineux, polarisation numérique, précarité des quartiers populaires, radicalisation des marges. Cette étude tente de cartographier ce continuum avec les données disponibles.
◆◆ BESANÇON EN CHIFFRES : UN TERRITOIRE DE CONTRASTES
Besançon est la préfecture du Doubs et la capitale de la Bourgogne-Franche-Comté. Sa population s'élève à environ 120 057 habitants en 2022 au sein d'une agglomération (Grand Besançon Métropole) regroupant 198 387 habitants répartis sur 67 communes. C'est une ville universitaire, siège d'une académie active, marquée par une histoire ouvrière et industrielle, et caractérisée par une géographie sociale très contrastée. Le revenu médian de Besançon -17 700 euros par an -est le plus faible de son agglomération, contre 22 100 euros dans le reste du Grand Besançon. La ville concentre à elle seule 83 % de la population à bas revenus de son périmètre intercommunal.
Cette fracture économique interne se double d'une géographie de la vulnérabilité sociale. Au 1er janvier 2024, la nouvelle carte des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) en Bourgogne-Franche-Comté recense 62 QPV dans 37 communes, dont 17 dans le seul département du Doubs -avec une concentration notable sur les agglomérations de Besançon, Montbéliard et Belfort. Besançon a vu s'ajouter à ses QPV historiques deux nouveaux quartiers prioritaires en 2024 : Battant et les Hauts de Saint-Claude. La population totale des QPV de la région a augmenté de 11 % avec cette nouvelle géographie, témoignant d'un élargissement de la précarité urbaine. Ces quartiers présentent tous, sans exception, des fragilités sociales et d'accès à l'emploi documentées par l'INSEE.
17 700 € revenu médian annuel à Besançon -le plus faible de l'agglomération Grand Besançon Métropole, qui compte 62 quartiers prioritaires de la politique de la ville
Source : INSEE -Analyses Bourgogne-Franche-Comté / AUDAB, données 2024
Sur le plan de la diversité religieuse et culturelle, Besançon se distingue par une présence musulmane significative. Selon les données citées par France Bleu Besançon et confirmées par diverses sources locales, la ville compterait environ 15 000 fidèles musulmans, soit approximativement 13 % de la population bisontine -faisant de l'islam, selon ces estimations, la deuxième religion de la ville. Cette communauté, issue des vagues successives d'immigration liées à l'histoire industrielle de la région, est principalement installée dans les quartiers populaires de Planoise et des secteurs Nord-Est de la ville, secteurs qui recoupent largement les QPV. Cette réalité démographique constitue un élément central de la compréhension du tissu social local -et de ses tensions.
◆◆ LE DÉPARTEMENT DU DOUBS DANS LA CARTE NATIONALE DES ACTES HAINEUX
Pour situer le territoire bisontin dans la géographie nationale de la haine, il convient d'abord d'établir le panorama français. L'année 2024 a été marquée par une recrudescence historique des actes haineux en France. Le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) a enregistré plus de 16 000 atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux -soit une augmentation de 11 % par rapport à 2023. La CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l'homme), dans son rapport annuel publié en juin 2025, recense 3 144 faits à caractère raciste, antisémite, antimusulman ou xénophobe en 2024, chiffre stable par rapport à 2023 (3 139 faits) mais qui reste 92 % plus élevé qu'en 2022.
Dans ce tableau national préoccupant, le Doubs -département dont Besançon est la préfecture -est classé par le SSMSI parmi les départements enregistrant entre 1,1 et 2,1 crimes ou délits « à caractère raciste » pour 10 000 habitants en moyenne annuelle entre 2022 et 2024. Ce positionnement place le Doubs dans une classe intermédiaire -ni dans les départements les plus épargnés, ni dans ceux les plus touchés -mais révèle une présence documentée et continue du phénomène. La plateforme PHAROS, chargée du signalement de la haine en ligne, enregistrait au niveau national en 2024 une augmentation de 55 % des signalements pour « provocation publique à la haine, discrimination, injures et diffamations xénophobes » par rapport à 2023, atteignant 36 048 signalements. Cette explosion des signalements numériques affecte tous les territoires -y compris Besançon et son agglomération.
1,1 à 2,1 crimes ou délits à caractère raciste pour 10 000 habitants dans le Doubs (moy. 2022–2024) -classe intermédiaire nationale, tendance à la hausse continue depuis 2016
Source : SSMSI / France 3 Bourgogne-Franche-Comté, mars 2025
La dimension scolaire de cette réalité est particulièrement alarmante. Le rapport CNCDH 2024 relève que les actes racistes dans les établissements scolaires français ont « presque triplé » en 2024, avec des violences verbales et physiques fondées sur l'origine et l'apparence physique. Besançon, qui dispose d'une académie couvrant la Bourgogne-Franche-Comté, n'est pas à l'écart de cette dynamique. En réponse, l'académie de Besançon a organisé le 12 mars 2025 son premier séminaire « Agir contre les discriminations », réunissant l'ensemble des acteurs éducatifs du territoire dans une démarche de mobilisation institutionnelle. Le 19 mars 2025, le tribunal judiciaire de Besançon accueillait la remise des prix du concours « Parole(s) de femme(s) ». Ces initiatives institutionnelles témoignent d'une prise de conscience -mais aussi de l'ampleur du défi à relever.
◆ LE SPECTRE NUMÉRIQUE : QUAND LA HAINE EN LIGNE SE MATÉRIALISE DANS L'ESPACE LOCAL
L'affaire d'octobre 2023 illustre avec une précision saisissante la manière dont le discours haineux numérique peut se matérialiser en menace physique concrète sur un territoire. Le 11 octobre 2023, un adolescent de seize ans publie sur Discord -l'application de messagerie et de forum en ligne largement utilisée par les jeunes -le message suivant : « Je vais aller tirer dans une mosquée, j'ai les armes », accompagné d'une vidéo montrant un fusil d'assaut puisée sur internet. Grâce à l'alerte d'un autre utilisateur de la plateforme, le jeune homme est rapidement localisé à Roche-lez-Beaupré, commune de l'agglomération bisontine, et interpellé le lendemain matin par les gendarmes de la section de recherche de Besançon.
Le procureur de la République de Besançon, Etienne Manteaux, a indiqué à l'issue de l'interpellation que le jeune homme constituait « la caricature de l'adolescent qui passe son temps à faire des jeux de guerre et à chatter avec d'autres » et qu'il « n'y avait pas un seul élément qui puisse laisser penser à un début de radicalisation ». Une cellule de recueil des informations préoccupantes du Doubs a néanmoins été saisie, et un bilan éducatif confié à la Protection judiciaire de la jeunesse. Si cet épisode peut être classé comme un délire adolescent sans profondeur idéologique réelle, il illustre parfaitement le mécanisme documenté par Europol et le CNRS : l'exposition prolongée à des contenus haineux en ligne peut conduire à des passages à l'acte verbaux ou physiques, même en l'absence d'une idéologie structurée.
📌 CAS DOCUMENTÉ -Roche-lez-Beaupré, octobre 2023
Un adolescent de 16 ans interpellé après avoir posté sur Discord : « Je vais aller tirer dans une mosquée, j'ai les armes ». Interpellation par les gendarmes de Besançon. Pas de radicalisation avérée selon le parquet, mais saisine de la cellule de recueil des informations préoccupantes du Doubs et suivi par la PJJ. Illustration directe du lien entre exposition aux contenus haineux en ligne et menace physique sur un territoire.
Cet épisode bisontin s'inscrit dans une dynamique nationale et européenne documentée. Le rapport Europol TE-SAT 2025 souligne que « le recours aux jeux vidéo à des fins de propagation de contenus terroristes d'extrême droite à destination de jeunes publics a connu une augmentation significative », et que « les problèmes de santé mentale, l'isolement social et l'addiction au numérique jouent un rôle majeur dans la radicalisation des jeunes ». L'enquête PHAROS révèle qu'en France, les signalements de contenus haineux en ligne ont augmenté de 55 % entre 2023 et 2024. Dans ce contexte, les quartiers populaires de Besançon -où la fracture numérique peut paradoxalement coexister avec une hyperconnectivité par smartphone -constituent un terrain d'exposition particulièrement vulnérable.
◆◆ L'HISTOIRE LONGUE : DE LA MOSQUÉE SUNNA AUX DYNAMIQUES ACTUELLES
La question de la radicalisation à Besançon n'est pas nouvelle. L'histoire de l'islam bisontin porte la mémoire d'une affaire plus ancienne, qui a marqué durablement les relations entre les services de renseignement et les communautés musulmanes locales. Sept hommes originaires de Besançon, fidèles de la mosquée Sunna, avaient été surveillés par les Renseignements généraux pendant plus de deux ans avant d'être mis en cause pour avoir préparé un attentat terroriste et tenté de prendre le contrôle d'une mosquée pour en radicaliser les fidèles. Cette affaire, bien antérieure à la vague d'attentats des années 2010, illustre que le territoire bisontin n'est pas immunisé contre les phénomènes de radicalisation -même si sa communauté musulmane est dans sa grande majorité profondément attachée à la paix sociale et à l'intégration républicaine.
Aujourd'hui, la réalité de la communauté musulmane bisontine est avant tout celle d'une communauté populaire, confrontée aux mêmes difficultés sociales que l'ensemble des habitants des quartiers prioritaires : chômage, discrimination à l'embauche, accès difficile au logement, expériences répétées de contrôles policiers perçus comme discriminatoires. Ces frustrations sociales -documentées au niveau national par l'enquête TeO2 de l'INSEE et de l'INED -constituent le terreau dans lequel peuvent germer, sur les marges les plus vulnérables, des formes de ressentiment susceptibles d'être instrumentalisées par des narratifs extrémistes. C'est ce mécanisme que les chercheurs du CNRS et le rapport Europol désignent sous le terme de « facteurs de vulnérabilité à la radicalisation » : non pas une inclination naturelle, mais une combinaison de fragilités sociales et d'expositions idéologiques.
+92% d'actes haineux en France en 2024 par rapport à 2022 -dans les établissements scolaires, les actes racistes ont «presque triplé» en un an
Source : CNCDH -Rapport annuel 2024, juin 2025 / IREV
◆ L'EXTRÊME DROITE ET LA POLARISATION POLITIQUE : LE SECOND VECTEUR DE RADICALISATION
Si le risque islamiste retient traditionnellement l'attention des services de renseignement, le rapport Europol TE-SAT 2024 et les analyses du Centre de recherche sur l'extrémisme (C-REX) de l'Université d'Oslo rappellent que les projets d'attaques d'extrême droite déjoués en France représentaient la moitié des cas recensés dans l'ensemble de l'Union européenne -plaçant la France au deuxième rang européen des violences d'extrême droite en 2023 selon le C-REX.
Besançon n'est pas étrangère à cette réalité. En janvier 2023, un rassemblement contre l'extrême droite se tenait devant le tribunal de la ville -signe d'une mobilisation civile face à des menaces jugées réelles. Le 22 mars 2025, c'est à nouveau dans les rues de Besançon que des militants antifascistes dénonçaient un « discours politique qui pousse au rejet ». L'académie de Besançon, dans ses programmes de lutte contre les discriminations, cible explicitement « l'antisémitisme, le racisme, les LGBTQ-phobies » -autant de marqueurs idéologiques dont l'extrémisme de droite se nourrit et se revendique. La polarisation des résultats électoraux dans le Doubs -où, comme dans l'ensemble du territoire national, les partis d'extrême droite ont réalisé leurs meilleurs scores depuis des décennies lors des législatives de juillet 2024 -constitue un baromètre politique de cette tension.
Le rapport CNCDH 2024 note que la France traverse une période d' « instabilité institutionnelle » et de « défiance accrue des citoyens à l'égard des institutions », avec un « désengagement institutionnel » dans la lutte contre les discriminations -notamment une longue vacance à la tête de la DILCRAH (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT). Ce vide institutionnel affecte la capacité des acteurs locaux, y compris à Besançon, à disposer des ressources nationales nécessaires pour répondre efficacement aux incidents haineux.
◆ LE CONTINUUM : DE LA DISCRIMINATION QUOTIDIENNE À L'EXTRÉMISME POTENTIEL
La contribution la plus importante que cette étude entend apporter est la mise en évidence du continuum -souvent invisible dans les approches sectorielles -qui relie la discrimination quotidienne subie par les habitants des quartiers populaires bisontins et le risque d'extrémisme violent. Ce continuum n'est pas une fatalité. Il n'est pas non plus une fiction théorique. Il est documenté par les recherches du CNRS (programme COSPRAD, bilan 2025) selon le modèle socio-écologique de Dahlberg et Krug, qui propose une approche multi-niveaux de la violence en identifiant les facteurs de risque à quatre niveaux : individuel, relationnel, communautaire et sociétal.
À Besançon, ce continuum se déroule de la manière suivante. Au niveau individuel : des jeunes issus des quartiers QPV qui subissent des discriminations à l'école (les actes racistes scolaires ont « presque triplé » en France en 2024), qui se voient opposer des refus à l'embauche, qui se sentent contrôlés ou stigmatisés dans l'espace public. Au niveau relationnel : une exposition à des pairs qui ont intériorisé un discours victimaire ou, à l'inverse, à des réseaux de haine en ligne. Au niveau communautaire : un sentiment de relégation géographique dans des QPV concentrant les difficultés sociales. Au niveau sociétal : un climat politique national marqué par la montée du populisme et la normalisation des discours stigmatisant les minorités religieuses ou ethniques.
C'est à l'intersection de ces quatre niveaux que naît la vulnérabilité à la radicalisation. Non pas parce que la pauvreté génère mécaniquement l'extrémisme -cette causalité simpliste est réfutée par la recherche -mais parce que la combinaison de frustrations sociales non prises en charge, d'expositions idéologiques non contrées et d'un sentiment d'injustice persistant crée les conditions dans lesquelles des narratifs extrémistes trouvent une résonance. Le rapport Europol identifie précisément cette équation : « les problèmes de santé mentale, l'isolement social et l'addiction au numérique jouent un rôle majeur dans la radicalisation de ces jeunes. »
📌 LA CHAÎNE DU CONTINUUM À BESANÇON
Discrimination scolaire (+300% d'actes racistes en 2024 en France) → Exclusion du marché du travail (chômage immigrés : 12% vs 7% natifs) → Relégation dans les QPV (17 700€ revenu médian vs 22 100€ pour le reste de l'agglo) → Exposition aux contenus haineux en ligne (+55% signalements PHAROS 2024) → Vulnérabilité à la radicalisation (islamiste ou d'extrême droite selon les profils). Ce continuum n'est pas inéluctable, mais il est documenté.
◆ ANTISÉMITISME ET ISLAMOPHOBIE : DEUX RÉALITÉS LOCALES DANS UN CONTEXTE NATIONAL TENDU
Le territoire bisontin partage avec l'ensemble du territoire national la réalité d'une montée documentée des actes antisémites et islamophobes depuis 2023. Au niveau national, 1 570 actes antisémites ont été recensés en France en 2024 par le SPCJ -une multiplication par 3,6 en deux ans. Les actes antisémites dans les établissements scolaires ont « presque triplé » en 2024 selon la CNCDH. Le rapport des Assises de lutte contre l'antisémitisme (DILCRAH, avril 2025) souligne que la rhétorique anti-israélienne (Gaza, intifada) apparaît dans près d'un tiers des actes recensés, avec un durcissement documenté des registres mobilisés incluant des références à l'apologie du djihadisme et du nazisme.
Dans ce contexte national, la communauté juive bisontine -modeste mais présente dans une ville universitaire et intellectuellement active -est exposée aux mêmes dynamiques. L'académie de Besançon a explicitement intégré la lutte contre l'antisémitisme dans ses priorités éducatives 2025. Pour la communauté musulmane bisontine, les 1 037 actes islamophobes recensés au niveau national par le CCIE en 2024 (dont 76 % touchent des femmes, le voile étant le motif dans 40 % des cas) se traduisent localement par des expériences quotidiennes de discrimination dans l'accès à l'emploi, au logement et dans les interactions avec les services publics -documentées par les associations locales mais insuffisamment quantifiées faute de données infra-départementales publiées.
55% d'augmentation des signalements PHAROS pour haine en ligne en France entre 2023 et 2024 -36 048 signalements au total -tendance affectant tous les territoires
Source : PHAROS / CNCDH Rapport 2024, juin 2025
◆◆ LES ACTEURS DE LA RÉSISTANCE : UNE SOCIÉTÉ CIVILE MOBILISÉE
Face à ces dynamiques, Besançon dispose d'atouts institutionnels et civils réels. L'académie de Besançon, en organisant dès mars 2025 son premier séminaire « Agir contre les discriminations » et en intégrant les enjeux de lutte contre l'antisémitisme, le racisme et les LGBTQ-phobies dans ses priorités, constitue un premier rempart éducatif. Le Comité de vigilance antifasciste et l'association Solmiré incarnent la mobilisation de la société civile. Le tissu associatif bisontin, historiquement actif sur les questions d'accueil des migrants et de promotion de la diversité culturelle, constitue un acteur de terrain irremplaçable.
Ces ressources sont cependant confrontées à des contraintes réelles. Le désengagement institutionnel national documenté par la CNCDH -avec notamment la longue vacance à la tête de la DILCRAH -affecte les capacités de coordination et de financement des acteurs locaux. Le taux de 63/100 de l'indice de tolérance national (troisième meilleur score depuis 1990 selon la CNCDH) révèle une polarisation générationnelle : les jeunes Français sont globalement plus tolérants que leurs aînés, ce qui est une donnée d'espoir. Mais cette tolérance statistique coexiste avec des actes haineux à des niveaux records -révélant que les comportements et les opinions ne se superposent pas nécessairement.
◆RECOMMANDATIONS ACHA FRANCE
→ Créer un Observatoire local des discriminations et des actes haineux pour le territoire de Grand Besançon Métropole, adossé à l'ACHA France, l'académie de Besançon et les associations de terrain, afin de produire des données infra-départementales permettant un pilotage fin des politiques publiques.
→ Renforcer les dispositifs de prévention de la radicalisation en ligne dans les établissements scolaires des QPV bisontins, en intégrant une formation spécifique à la reconnaissance des contenus haineux, des théories du complot et des narratifs d'endoctrinement diffusés par les plateformes numériques.
→ Développer des programmes de mentorat professionnel ciblant les jeunes diplômés issus des QPV bisontins et faisant face à des discriminations à l'embauche -en mobilisant le réseau des entreprises engagées dans les critères ESG et les obligations de diversité du CSRD.
→ Soutenir financièrement et institutionnellement les associations bisontines de lutte contre les discriminations, notamment dans le cadre du Contrat de ville 2024–2030 du Grand Besançon Métropole, en conditionnant une partie des financements à des indicateurs de résultats mesurables.
→ Mettre en place un protocole local de détection précoce des signaux faibles de radicalisation -inspiré du modèle de prévention tertiaire du CPRMV de Montréal -associant éducateurs, travailleurs sociaux, personnels de santé mentale et acteurs communautaires des quartiers prioritaires bisontins.
→ Intensifier la coopération entre le parquet de Besançon, les services académiques et la plateforme PHAROS pour assurer un traitement rapide et systématique des signalements de haine en ligne émanant du territoire du Doubs, en particulier ceux impliquant des mineurs.
→ Publier annuellement un rapport territorial sur l'état de la cohésion sociale dans l'agglomération bisontine, incluant des données sur les actes haineux, les discriminations signalées, les incidents de radicalisation et l'évolution des indicateurs sociaux des QPV -afin de donner une base empirique aux décisions politiques locales.
◆RÉFÉRENCES ET SOURCES DOCUMENTAIRES
▸ SSMSI (Service statistique ministériel de la sécurité intérieure) -16 000+ atteintes à caractère raciste en France 2024, +11% vs 2023
▸ CNCDH -Rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie 2024 (juin 2025)
▸ DILCRAH -Rapport des Assises de lutte contre l'antisémitisme (avril 2025)
▸ PHAROS -Signalements haine en ligne 2024 : +55% vs 2023, 36 048 signalements
▸ SPCJ / Ministère de l'Intérieur -1 570 actes antisémites en France 2024 (record)
▸ CCIE -1 037 actes islamophobes documentés en France 2024 (+25%)
Sources locales et régionales :
▸ France 3 Bourgogne-Franche-Comté -Manifestation contre le racisme à Besançon (mars 2025) : Doubs classé 1,1–2,1 crimes racistes/10 000 hab.
▸ INSEE -Analyses Bourgogne-Franche-Comté n°122 : 62 QPV, 17 dans le Doubs, 159 000 habitants (2024)
▸ AUDAB / CCAS Besançon -Analyse des Besoins Sociaux 2023–2024 : revenu médian Besançon 17 700€
▸ Académie de Besançon -Séminaire Agir contre les discriminations (12 mars 2025)
▸ France Bleu Besançon / Wikipedia -Islam à Besançon : ~15 000 fidèles, 13% population
▸ France Bleu Besançon / CNews -Adolescent interpellé, menaces terroristes Discord, Doubs (octobre 2023)
▸ SIG Ville -QPV Planoise, QPV Battant : nouveaux quartiers prioritaires 2024 de Besançon
Sources académiques et institutionnelles :
▸ Europol -TE-SAT 2025 : extrémisme droite, radicalisation jeunes en ligne, France 50% attaques droite UE
▸ CNRS / IHEMI -COSPRAD : bilan des recherches sur radicalisation et politiques publiques (décembre 2025)
▸ C-REX / Université d'Oslo -RTV Trend Report 2024 : France au 2e rang des violences d'extrême droite
▸ Politis -La France au centre de la montée des violences d'extrême droite en Europe (juillet 2025)
▸ INSEE/INED -Enquête TeO2 : discriminations descendants immigrés (novembre 2024)
▸ CPRMV Montréal -Prévention tertiaire de la radicalisation, modèle de référence (2025)
