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Violations

Racisme et intolérance en France : la fracture entre les actes, le signalement et la justice

📅 2 juillet 2026 ✍️ acha ⏱️ 0 min de lecture
ACHA France
Centre ACHA France
Centre pour les Droits de l'Homme et la Lutte contre le Terrorisme
Besançon, France · info@acha-france.com · acha-france.com
Rapport analytique Violations 2 juillet 2026

Racisme et intolérance en France : la fracture entre les actes, le signalement et la justice

CENTRE ACHA · ACHA France · 2 juillet 2026

RÉSUMÉ EXÉCUTIF

9 737 crimes et délits à caractère raciste ou antireligieux enregistrés en 2025 (+5 % sur un an), dont une hausse de 11 % des atteintes physiques.

1,2 million de victimes estimées chaque année - mais 97 % d'entre elles ne portent jamais plainte.

1 907 condamnations prononcées en 2024, pour plus de 10 000 affaires traitées par les parquets la même année.

3 851 actes racistes et antisémites recensés dans les seuls établissements du second degré.

3 systèmes de comptage distincts (ministère de l'Intérieur, DNRT, SPCJ) qui mesurent le même phénomène sans se recouper - un déficit de pilotage statistique à lui seul révélateur.

1. Contexte et méthodologie

Cette étude synthétise les données publiques les plus récentes sur le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie et la xénophobie en France, à partir du rapport annuel 2025 de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), des statistiques du ministère de l'Intérieur (SSMSI, en lien avec le Service de protection de la communauté juive) et des données de la Direction nationale du renseignement territorial (DNRT), recoupées avec les analyses relayées par des organisations de la société civile (MRAP, CGT).

Premier constat méthodologique, qui structure toute la suite de cette étude : la France ne dispose pas d'un système de comptage unique. Trois administrations mesurent des périmètres différents, avec des définitions et des temporalités qui ne se recoupent pas totalement. Cette fragmentation statistique n'est pas un détail technique - elle est elle-même un symptôme du problème plus large que documente cette étude : un pilotage public dispersé, qui peine à transformer le constat en réponse cohérente.

2. État des lieux chiffré

2.1 Trois systèmes de comptage, trois résultats

Selon le périmètre retenu, le nombre d'actes racistes et antireligieux enregistrés en 2025 varie du simple au quadruple. Le tableau ci-dessous illustre cette fragmentation :

Source institutionnellePérimètre mesuréTotal 2025Évolution
Ministère de l'Intérieur / SPCJActes antireligieux (judaïsme, christianisme, islam)≈ 2 489Stable vs 2024
SSMSI (ministère de l'Intérieur) - base retenue par la CNCDHCrimes et délits à caractère raciste ou antireligieux9 737+5 % (+11 % atteintes physiques)
DNRT (Renseignement territorial)Faits à caractère raciste recensés séparément3 289Antisémites -16 % / antimusulmans +88 % / autres racismes +17 %

Au-delà des écarts de volume, la répartition par motif révèle une bascule inquiétante : alors que les actes antisémites reculent de 16 % (tout en restant à un niveau historiquement élevé, avec 67 % d'atteintes directes aux personnes), les actes antimusulmans bondissent de 88 % et les autres formes de racisme progressent de 17 %. Le phénomène ne recule pas ; il se redistribue.

2.2 Une violence qui se déplace vers les personnes

La hausse de 11 % des atteintes physiques enregistrée par le ministère de l'Intérieur en 2025 confirme une tendance de fond déjà documentée sur le volet antisémite, où les agressions physiques ont atteint un niveau record. Le racisme en France n'est plus principalement affaire de dégradations de biens ou de propos : il se traduit de plus en plus directement par des atteintes à l'intégrité physique des personnes visées.

2.3 Le mur du silence : 97 % de non-déclaration

L'enquête « Ressenti et vécu en matière de sécurité » (VRS) estime à 1,2 million le nombre de personnes de 14 ans et plus se déclarant chaque année victimes d'au moins une atteinte raciste, antisémite ou xénophobe. Or 97 % d'entre elles ne déposent jamais plainte. Les raisons documentées sont convergentes : défiance envers l'institution judiciaire, complexité perçue des démarches, sentiment d'inefficacité et, pour une partie des victimes, crainte de représailles. Les chiffres officiels ne mesurent donc, au mieux, qu'une fraction marginale de la réalité vécue.

2.4 La chaîne judiciaire : où se perdent les dossiers

La sous-déclaration n'est qu'une partie du problème. Pour les victimes qui portent plainte, la réponse pénale reste elle-même très en retrait par rapport au nombre d'affaires traitées :

AnnéeAffaires traitées par les parquetsCondamnations prononcées
20238 282 (+4 % vs 2022, alors que les actes enregistrés progressaient de 32 %)1 594
2024Plus de 10 0001 907

Entre 2023 et 2024, le nombre d'affaires traitées par les parquets a franchi le seuil des 10 000, mais le nombre de condamnations n'a progressé que marginalement. Le taux de classement sans suite demeure très supérieur à celui observé pour le contentieux pénal général. Pour les victimes, ce constat nourrit directement la défiance mesurée au point précédent - un cercle qui se referme sur lui-même.

2.5 L'école, premier front

La CNCDH signale une hausse marquée des signalements en milieu scolaire, avec 3 851 actes racistes et antisémites recensés dans les seuls établissements du second degré en 2025. Ce chiffre place la question éducative au centre de toute stratégie de prévention : c'est en collège et en lycée que se forment - ou se déforment - les repères d'une génération entière.

3. Analyse : une crise de confiance qui dépasse le seul phénomène raciste

La défiance envers l'institution judiciaire que révèlent ces chiffres ne s'explique pas isolément. Elle s'inscrit dans un climat de défiance institutionnelle généralisée : début 2026, seuls 22 % des Français déclaraient encore faire confiance à la politique en général, et 76 % jugeaient le système démocratique défaillant - un niveau jamais enregistré depuis la création de ce baromètre en 2009. Sur le plan du lien social, 60 % des Français disent aujourd'hui cohabiter les uns à côté des autres plutôt que de vivre au sein d'une nation unie, contre 37 % qui affirment le contraire.

Ce contexte plus large éclaire un paradoxe apparent des données CNCDH : l'indice longitudinal de tolérance, qui mesure l'acceptation des minorités depuis 1990, se maintient à un niveau élevé (64 sur 100 en 2025, l'un des meilleurs scores depuis trente ans). La société française, dans son ensemble, ne devient donc pas plus intolérante sur le plan des attitudes déclarées. Ce qui s'effondre, en revanche, c'est la capacité perçue des institutions à transformer cette tolérance de principe en protection effective pour les personnes visées. Le terrain d'action pour un centre comme ACHA n'est donc pas seulement la lutte contre les préjugés eux-mêmes, mais la reconstruction de la chaîne de confiance entre la victime et la réponse institutionnelle.

4. Recommandations opérationnelles

Recommandation 1 - Combler le déficit de signalement local

Les statistiques nationales ne disent rien de la réalité à l'échelle de Besançon. Un centre local peut documenter ce que les administrations nationales ne voient pas.

Action concrète : Créer un formulaire de signalement local (en ligne et téléphonique) ne nécessitant pas de dépôt de plainte formel, pour documenter les incidents qui n'atteignent jamais les statistiques officielles.

Indicateur de suivi : Nombre de signalements locaux enregistrés par trimestre, comparé aux données préfectorales.

Recommandation 2 - Suivre le parcours judiciaire des plaintes, pas seulement les compter

L'écart entre affaires traitées et condamnations est le point de rupture le plus documenté de cette étude, et le moins investigué localement.

Action concrète : Solliciter auprès du parquet de Besançon des données anonymisées sur le taux de classement sans suite des dossiers à caractère raciste, à comparer avec le contentieux général, et publier un bilan annuel court.

Indicateur de suivi : Publication d'un rapport annuel « Où vont les plaintes ? » suivant un échantillon de dossiers locaux du dépôt de plainte à la décision.

Recommandation 3 - Accompagner les victimes pour lever le verrou du 97 %

La non-déclaration tient autant à la méconnaissance des démarches qu'à la défiance envers l'institution.

Action concrète : Mettre en place un dispositif d'accompagnement physique au dépôt de plainte (bénévole ou juriste du centre), assorti d'un premier soutien psychologique simple.

Indicateur de suivi : Taux de dépôt de plainte effectif parmi les victimes accompagnées par le centre, comparé au taux national estimé.

Recommandation 4 - Faire de l'école une priorité opérationnelle

Avec 3 851 actes recensés dans le seul second degré, la jeunesse est en première ligne et la fenêtre d'action y est la plus large.

Action concrète : Nouer un partenariat avec la direction académique locale pour des ateliers de prévention courts et une ligne de signalement simplifiée à destination des CPE et professeurs principaux.

Indicateur de suivi : Nombre d'établissements partenaires et nombre d'ateliers menés par année scolaire.

Recommandation 5 - Transformer la dénonciation en plaidoyer mesurable

Les communiqués de dénonciation générale ont un impact limité face à des institutions déjà sujettes à une défiance généralisée. Des demandes précises et chiffrées sont plus difficiles à ignorer.

Action concrète : Porter une demande locale ciblée : l'affectation d'un temps de magistrat ou de référent dédié au contentieux raciste au tribunal judiciaire de Besançon, assortie d'objectifs de traitement publiés.

Indicateur de suivi : Réponse formelle obtenue de l'institution visée dans un délai de six mois.

Recommandation 6 - Construire une coalition locale plutôt qu'une action isolée

La crédibilité et la portée des données et des demandes du centre augmentent avec le nombre d'acteurs qui les relaient.

Action concrète : Formaliser un partenariat avec les syndicats, associations de quartier et médias locaux indépendants pour mutualiser les canaux de signalement et la diffusion des bilans du centre.

Indicateur de suivi : Nombre de partenaires actifs et de relais obtenus par publication.

5. Conclusion

Les données rassemblées dans cette étude convergent vers un même constat : le racisme en France n'est pas seulement un problème de préjugés à combattre dans les esprits - il est aussi, et peut-être surtout, un problème de réponse institutionnelle à reconstruire. Les Français, dans leur grande majorité, n'ont pas renoncé aux valeurs de tolérance. Ce qui vacille, c'est la confiance que la parole d'une victime sera entendue, suivie et sanctionnée. C'est précisément sur ce maillon - le signalement, l'accompagnement et le suivi judiciaire - qu'un centre local comme ACHA peut apporter une valeur que les bilans statistiques nationaux, par construction, ne peuvent pas fournir.

6. Sources

Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), Rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie, 2025.
Ministère de l'Intérieur - Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), données 2025 en lien avec le Service de protection de la communauté juive (SPCJ).
Direction nationale du renseignement territorial (DNRT), données 2025.
Enquête « Ressenti et vécu en matière de sécurité » (VRS), ministère de l'Intérieur.
Baromètre de la confiance politique, CEVIPOF / Sciences Po, vague 17, février 2026.
Analyses et relais : MRAP, CGT (2025-2026).
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