📍 Besançon, France ✉️ info@acha-france.com 🕐 Lun–Ven 9h–17h
Le repli n'est pas un choix - pourquoi certains immigrés en France se referment sur leurs cercles d'appartenance La menace croissante de l'usage terroriste des drones (UAS) : précédents, cadre normatif et coopération internationale De la frontière à l'écran - comment la crise de Ceuta est devenue un laboratoire de l'extrémisme numérique transnational Le cas Awalkhan K. à Lourdes : ce qu'établit l'enquête, et ce qu'il ne permet pas de généraliser Antisémitisme au Royaume-Uni : un niveau proche du record historique, une violence en forte aggravation Terrorisme dans l'Union européenne - ce que les chiffres d'Europol révèlent vraiment Le repli n'est pas un choix - pourquoi certains immigrés en France se referment sur leurs cercles d'appartenance La menace croissante de l'usage terroriste des drones (UAS) : précédents, cadre normatif et coopération internationale De la frontière à l'écran - comment la crise de Ceuta est devenue un laboratoire de l'extrémisme numérique transnational Le cas Awalkhan K. à Lourdes : ce qu'établit l'enquête, et ce qu'il ne permet pas de généraliser Antisémitisme au Royaume-Uni : un niveau proche du record historique, une violence en forte aggravation Terrorisme dans l'Union européenne - ce que les chiffres d'Europol révèlent vraiment
← Retour
Études & Analyses

L’antisémitisme dans les universités françaises : Besançon comme cas comparatif

📅 10 juillet 2026 ✍️ acha ⏱️ 0 min de lecture
ACHA France
Centre ACHA France
Centre pour les Droits de l'Homme et la Lutte contre le Terrorisme
Besançon, France · info@acha-france.com · acha-france.com
Rapport analytique Études & Analyses 10 juillet 2026

L’antisémitisme dans les universités françaises : Besançon comme cas comparatif

CENTRE ACHA · ACHA France · 10 juillet 2026

Une loi inédite, des incidents documentés dans les grandes métropoles, et ce qu'ils révèlent - ou pas - à l'échelle bisontine

Depuis octobre 2023, les universités françaises font face à une vague d'incidents antisémites suffisamment préoccupante pour que le législateur adopte, en juillet 2025, une loi spécifique à l'enseignement supérieur - une première. Cette étude documente ce contexte national avant de l'examiner à l'échelle de Besançon, où l'université de Franche-Comté et la municipalité ont pris position publiquement dès 2023, sans que des données chiffrées propres au territoire soient aujourd'hui disponibles. Cette absence de données locales est elle-même un résultat de cette étude, et non une lacune à dissimuler.

Équipe d'analyse ACHA France • Rubrique : Antisémitisme universitaire • Étude comparative • Juillet 2026

◆ I. Un climat national inédit : la loi du 31 juillet 2025

Le 31 juillet 2025, la France a adopté la loi n° 2025-732 relative à la lutte contre l'antisémitisme dans l'enseignement supérieur - un texte sans précédent, spécifiquement dédié aux universités et organismes de recherche, alors que la législation antérieure sur le racisme et les discriminations restait de portée générale. L'exposé des motifs de cette loi mérite d'être cité pour sa précision : il pointe la diffusion d'un « antisémitisme d'atmosphère » envahissant, c'est-à-dire un climat latent d'hostilité envers les étudiants et personnels juifs qui dépasse les actes manifestes et crée un sentiment d'insécurité et d'exclusion. Le texte identifie également une polarisation idéologique dangereuse, dans laquelle les tensions géopolitiques liées au conflit israélo-palestinien sont instrumentalisées pour légitimer des discours antisémites, brouillant la frontière entre critique politique légitime et discrimination.

Le législateur reconnaît par ailleurs, dans ce même texte, l'insuffisance des dispositifs existants : les outils de prévention, de détection et de sanction en place avant 2025 étaient jugés inadaptés à l'ampleur du phénomène, tandis qu'un manque de formation des personnels et des étudiants laissait le champ libre à sa propagation. Cette autocritique institutionnelle, inscrite dans un texte de loi, est en elle-même un indicateur de gravité : l'État reconnaît explicitement avoir été pris de court par l'évolution du phénomène depuis 2023.

◆ ◆ ◆

◆ II. Des incidents documentés dans les grandes universités françaises

La 15e Convention nationale du Crif, réunie le 23 novembre 2025, a consacré une table ronde entière à la question sous le titre « Universités sous tension », réunissant notamment le président de l'Université Sorbonne Nouvelle, deux professeures d'université et le président de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF). Les échanges rapportés donnent une idée précise de la nature des incidents recensés dans les grandes métropoles universitaires depuis la rentrée 2025.
Le 28 août 2025, à l'université Paris I, un étudiant a créé un sondage sur un groupe WhatsApp réunissant de nombreux élèves de licence ne se connaissant pas encore, leur demandant s'ils étaient « pour ou contre les Juifs » - une manière, selon les intervenants de la table ronde, de se présenter fièrement comme antisémite auprès de nouveaux camarades. Quelques jours plus tard, une étudiante de la même promotion a exclu d'un groupe de discussion plusieurs étudiants juifs, qu'elle désignait par le terme « sionistes » en raison de leur nom de famille. D'autres exemples ont été cités : à l'université Paris III, un compte de réseau social lié à un groupe pro-palestinien, créé le jour même de l'anniversaire du 7 octobre, relayait des propos qualifiant les attaques de 2023 contre Israël de « deuxième événement le plus glorieux » de l'histoire récente.

L'antisionisme est aujourd'hui à la mode dans les universités, et beaucoup d'étudiants dépassent la limite d'un antisionisme acceptable pour basculer dans l'antisémitisme - et en sont fiers.

Ces incidents ont provoqué, selon les intervenants, un basculement dans la prise de conscience collective à la rentrée 2025 : l'UEJF a organisé un rassemblement place de la Sorbonne réunissant des associations de sensibilités politiques diverses, signe qu'une partie du monde universitaire a estimé que des lignes rouges avaient été franchies. Ce climat de mobilisation, cependant, coexiste avec la persistance documentée des incidents, ce qui illustre la difficulté à transformer la prise de conscience en recul effectif du phénomène.

◆ ◆ ◆

◆ III. Une controverse méthodologique : l'enquête CEVIPOF/Ifop contestée

Le 29 avril 2025, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a annoncé la commande d'une étude scientifique sur l'antisémitisme dans l'enseignement supérieur, confiée au CEVIPOF, le centre de recherches politiques de Sciences Po. Cette étude repose sur deux enquêtes distinctes, l'une auprès des étudiants, l'autre auprès des personnels, portant sur les perceptions, les expériences et les dynamiques liées à l'antisémitisme dans l'enseignement supérieur et la recherche.

Le 24 novembre 2025, un syndicat de premier plan, le Snesup-FSU, a publiquement demandé le retrait du questionnaire destiné aux enseignants, le jugeant biaisé. Le document, révélé par Le Monde, posait notamment aux répondants des questions telles que « diriez-vous que les juifs ont une part de responsabilité » dans l'antisémitisme existant en France, ou leur demandait de classer comme vraies ou fausses des affirmations telles que « globalement les juifs sont plus riches que la moyenne des Français ». Le questionnaire recueillait également l'âge, le genre, la région, la fonction et l'orientation politique des répondants, ce qui a conduit certains chercheurs à dénoncer une tentative de cartographier les opinions politiques des agents de la fonction publique - avec un risque, selon eux, d'exposer les personnels à la vindicte médiatique en cas de fuite des données malgré l'anonymat annoncé.

Cette controverse illustre une tension récurrente dans ce type d'étude : mesurer un phénomène aussi sensible nécessite des outils quantitatifs robustes, mais la formulation même des questions peut reproduire les préjugés qu'elle prétend mesurer, ou faire peser un soupçon sur les répondants eux-mêmes. Un centre de droits de l'homme doit tenir compte de cette leçon méthodologique avant de citer, à l'avenir, les résultats de cette enquête une fois publiés.

◆ ◆ ◆

◆ IV. Besançon comme cas comparatif

◆ 4.1 Le "triste record" de 2023 et la mobilisation citoyenne

Besançon n'a pas été épargnée par la vague d'actes antisémites qui a suivi les attaques du 7 octobre 2023. Le 12 novembre 2023, environ 300 personnes se sont rassemblées sur l'esplanade des Droits de l'Homme, à l'appel de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), pour dénoncer cette recrudescence. Franck Monneur, professeur d'histoire-géographie bisontin présent au rassemblement, a rappelé à cette occasion que Besançon comptait, durant cette période, parmi les villes françaises enregistrant le plus grand nombre de tags antisémites recensés - un constat local rarement mis en avant dans les analyses nationales du phénomène, qui se concentrent le plus souvent sur les grandes métropoles universitaires.

◆ 4.2 La prise de position de la présidente de l'université

Fait notable pour cette étude : Macha Woronoff, présidente de l'université de Franche-Comté, était présente à ce rassemblement de 2023. Interrogée sur le rôle de son institution, elle a rappelé que celle-ci avait pour mission de « lutter contre toutes les formes de haine et de discrimination », qualifiant le moment d'« extrêmement lourd, dangereux », sur lequel il fallait selon elle « être extrêmement claire dans les positions que l'on prend ». Cette prise de position publique et personnelle de la plus haute autorité universitaire bisontine, dès novembre 2023, distingue Besançon de nombreux autres établissements où la direction n'a pris position que plus tardivement, souvent sous la pression des incidents recensés en 2025 ailleurs en France.

◆ 4.3 Les signalements récents en Bourgogne-Franche-Comté

Plus récemment, au lendemain de l'attaque antisémite commise le 14 décembre 2025 sur une plage de Sydney, Laurent Hofnung, président du Crif Bourgogne-Franche-Comté, a fait un point sur la situation régionale des dix jours précédents : deux agressions verbales antisémites à Dijon, une à Besançon, et une tentative de harcèlement dans une université de Belfort - un établissement rattaché, comme l'université de Franche-Comté, à la Communauté d'universités et établissements Bourgogne-Franche-Comté (UBFC). M. Hofnung a exprimé un sentiment de fatalisme face à une hostilité qu'il décrit comme quasi quotidienne : « il ne se passe pas un jour sans qu'en France il n'y ait pas une agression verbale, voire physique, à l'encontre d'une personne juive ou présumée juive ».

◆ ◆ ◆

◆ V. Ce que les données ne permettent pas encore d'établir

Cette étude doit assumer une limite méthodologique importante plutôt que de la contourner : contrairement aux grandes universités parisiennes, dont plusieurs incidents ont été documentés nommément et datés avec précision par le Crif, aucune donnée chiffrée publique et propre à l'université de Franche-Comté n'a pu être identifiée à ce jour. Les éléments disponibles pour Besançon - le rassemblement de 2023, la déclaration de la présidente d'université, le signalement régional de décembre 2025 - documentent un climat général et une vigilance institutionnelle réelle, mais ne permettent pas d'établir un état des lieux chiffré comparable à celui dressé pour les grandes métropoles universitaires.

Cette absence n'est pas neutre : elle peut aussi bien signifier une réalité moins aiguë qu'ailleurs, qu'un défaut de recensement local similaire à celui documenté par le rectorat de Besançon pour les actes racistes et antisémites en milieu scolaire, où la multiplication par cinq des faits enregistrés depuis 2022-2023 s'accompagnait d'un très faible taux de signalement à la justice. Rien ne permet aujourd'hui d'exclure qu'un phénomène comparable existe à l'échelle universitaire bisontine, sans qu'aucun dispositif équivalent à l'observatoire académique n'ait encore été mis en place pour l'enseignement supérieur local.

◆ ◆ ◆

◆ VI. Recommandations du Centre ACHA

◆ R1 - Recommandations pour Besançon (0-12 mois)

R1.1 Solliciter l'université de Franche-Comté pour la mise en place d'un dispositif de signalement dédié aux actes antisémites et racistes, distinct des procédures disciplinaires générales, sur le modèle de l'observatoire académique créé pour le secondaire en mars 2026.

R1.2 Proposer à la présidence de l'université, dont l'engagement public est déjà établi depuis 2023, un partenariat pour la publication d'un premier bilan chiffré annuel, même partiel, des signalements reçus.

R1.3 Nouer un contact avec le Crif Bourgogne-Franche-Comté pour croiser les signalements régionaux (Besançon, Dijon, Belfort) avec les données universitaires locales, afin de disposer d'une vision consolidée à l'échelle de l'UBFC.

◆ R2 - Recommandations nationales (1-5 ans)

R2.1 Suivre attentivement la mise en œuvre de la loi du 31 juillet 2025 dans les établissements de taille moyenne comme l'université de Franche-Comté, dont les moyens de mise en conformité diffèrent de ceux des grandes universités parisiennes.

R2.2 Demander la publication de la méthodologie complète et des résultats de l'enquête CEVIPOF, accompagnée d'une réponse formelle aux critiques méthodologiques soulevées par le Snesup-FSU, avant toute utilisation publique de ses conclusions.

R2.3 Plaider pour l'extension à l'enseignement supérieur du modèle d'observatoire académique testé dans le secondaire, avec des indicateurs harmonisés permettant des comparaisons entre établissements de tailles différentes.

◆ Conclusion

L'antisémitisme universitaire en France, depuis 2023, est documenté avec une précision croissante dans les grandes métropoles, au point de justifier une loi spécifique en 2025. Besançon s'inscrit dans ce climat national - un rassemblement de 300 personnes en 2023, un « triste record » local de tags antisémites, une prise de position publique et rapide de la présidente de l'université - sans pour autant disposer des outils de mesure chiffrée dont bénéficient aujourd'hui les grands établissements parisiens. Cette étude ne peut ni minimiser ni dramatiser une réalité bisontine que les données actuelles ne permettent pas de quantifier : elle peut en revanche établir, avec précision, l'écart entre l'engagement institutionnel affiché localement dès 2023 et l'absence persistante d'un dispositif de mesure à la hauteur de cet engagement.

Une institution qui prend position publiquement contre la haine, sans se doter des outils pour la mesurer, s'expose à ne jamais savoir si son engagement a produit un effet réel.

◆ Sources et références

Légifrance, LOI n° 2025-732 du 31 juillet 2025 relative à la lutte contre l'antisémitisme dans l'enseignement supérieur, exposé des motifs.
Crif, « Universités sous tension », Études du Crif n°68, actes de la 15e Convention nationale du Crif, 23 novembre 2025.
Boursorama / AFP, « Antisémitisme dans les universités : un syndicat demande le retrait d'un sondage "biaisé" destiné aux enseignants », 24 novembre 2025.
pleinair.net, « Besançon : 300 personnes mobilisées contre l'antisémitisme », 12 novembre 2023.
ICI (France Bleu) Bourgogne-Franche-Comté, « Attaque antisémite à Sydney : le Belfortain Laurent Hofnung "très inquiet et presque fataliste face à cette haine" », 15 décembre 2025.
AEF Info, « Le rectorat de Besançon se dote d'un observatoire sur le racisme et l'antisémitisme pour ne plus minimiser les faits », 2026.
💛 Faire un don
100%