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Études & Analyses

Terrorisme dans l’Union européenne – ce que les chiffres d’Europol révèlent vraiment

📅 31 juillet 2026 ✍️ acha ⏱️ 0 min de lecture
ACHA France
Centre ACHA France
Centre pour les Droits de l'Homme et la Lutte contre le Terrorisme
Besançon, France · info@acha-france.com · acha-france.com
Rapport analytique Études & Analyses 31 juillet 2026

Terrorisme dans l’Union européenne – ce que les chiffres d’Europol révèlent vraiment

Des rapports TE-SAT 2025 et 2026 d'Europol se dégage un tableau plus nuancé que les seuls chiffres d'attaques - une menace fragmentée, rajeunie, massivement numérique, que les statistiques brutes peinent à saisir dans leur totalité

Les données annuelles d'Europol sur l'état du terrorisme en Europe constituent la référence incontournable pour tout projet de recherche ou toute demande de financement européen. Deux éditions successives du rapport EU TE-SAT - portant respectivement sur 2024 et 2025 - dessinent une trajectoire inédite : la menace se diffuse, se rajeunit et se délocalise vers le monde numérique, brouillant les frontières entre propagande, recrutement et passage à l'acte. ACHA France en propose ici une lecture analytique et méthodologique, destinée à nourrir ses futurs projets institutionnels.

Par la Rédaction ACHA France

I. Méthodologie et cadre de référence

La présente étude repose sur une exploitation directe des deux dernières éditions du rapport annuel EU TE-SAT (European Union Terrorism Situation and Trend Report) publiées par Europol. Ce rapport fournit une vue d'ensemble situationnelle comprenant des données statistiques sur les attaques terroristes, les arrestations, les condamnations et les peines prononcées pour infractions terroristes. Il est publié chaque année, avec pour objectif d'informer les décideurs politiques, les services répressifs et le grand public, et inclut des données statistiques sur les attaques, les arrestations, les condamnations et les peines dans les États membres.

Les deux éditions mobilisées ici sont le TE-SAT 2025 (données 2024, publié le 1er juillet 2025) et le TE-SAT 2026 (données 2025, publié le 13 juillet 2026). Ce rapport phare est le seul du genre en Europe, et s'appuie sur des informations qualitatives et quantitatives fournies par les États membres de l'UE ainsi que d'autres partenaires d'Europol.

Conformément aux exigences méthodologiques d'ACHA France, ces sources primaires sont croisées avec des analyses indépendantes issues du Parlement européen, de la plateforme eucrim, de The National News, d'EU Today et du Global Network on Extremism and Technology (GNET), ainsi qu'avec des travaux académiques publiés dans Frontiers in Political Science. La catégorisation des différentes formes de terrorisme selon l'idéologie est de plus en plus complexe, mais elle sert les besoins du rapport pour structurer et analyser systématiquement les informations fournies par les États membres. Cette catégorisation n'a aucune valeur juridique formelle.

II. Revue documentaire - deux années de données sous tension

Avant d'entrer dans l'analyse comparative, il convient de situer les deux rapports dans leur contexte éditorial. L'édition 2025 du TE-SAT constitue le document de référence pour l'exercice 2024. Elle distingue et analyse en profondeur diverses formes de terrorisme fondées sur différentes idéologies, notamment le terrorisme djihadiste, d'extrême droite, d'extrême gauche et anarchiste, ethno-nationaliste et séparatiste.

L'édition 2026, publiée le 13 juillet 2026, couvre l'exercice 2025. Ce dernier TE-SAT montre comment les écosystèmes numériques reconfigurent fondamentalement la manière dont les menaces terroristes émergent, évoluent en ligne et se matérialisent hors ligne. C'est la rupture conceptuelle centrale de l'édition 2026 - le numérique n'est plus un vecteur parmi d'autres, il est devenu l'espace premier de la menace.

Les travaux académiques récents confortent cette lecture. Une étude publiée en janvier 2026 dans Frontiers in Political Science examine comment les technologies habilitées par l'IA facilitent la radicalisation à travers l'amplification algorithmique de contenus émotionnellement provocateurs, l'analyse comportementale permettant de cibler avec précision les individus à risque, et des systèmes génératifs produisant des médias synthétiques qui contournent les mécanismes de modération de contenu.

III. Statistiques 2024 - ce que le TE-SAT 2025 documente

Pour l'année 2024, les données consolidées d'Europol permettent de dresser un panorama précis. Europol a recensé 58 attaques terroristes en 2024 dans 14 États membres de l'UE, dont 34 menées à leur terme, 5 ayant échoué et 19 déjouées.

La répartition géographique est instructive. La majorité des attaques s'est concentrée en Italie (20) et en France (14), suivies de l'Allemagne (6), de l'Autriche (3) et de la Grèce (3), puis de la Tchéquie, du Danemark et de la Lituanie (2 chacune), et d'un incident respectivement en Belgique, en Irlande, à Malte, aux Pays-Bas, en Slovaquie et en Espagne.

La ventilation par idéologie révèle une montée en puissance du djihadisme. 24 attaques ont été attribuées au terrorisme djihadiste, ce qui représente une hausse significative par rapport aux 14 attaques signalées en 2023, et la majorité de ces actes djihadistes ont été perpétrés par des acteurs solitaires - 20 sur 24. 21 attaques ont été attribuées au terrorisme d'extrême gauche et anarchiste, dont la majeure partie en Italie, suivie de la Grèce.

Sur le plan des procédures judiciaires, 16 États membres ont informé Eurojust de l'ouverture de 485 procédures pour infractions terroristes en 2024, dont 426 ont abouti à des condamnations et 59 à des acquittements.

Quant aux arrestations, 449 personnes ont été arrêtées pour des infractions liées au terrorisme dans 20 États membres, dont 289 pour terrorisme djihadiste, 47 pour terrorisme d'extrême droite, 28 pour terrorisme d'extrême gauche et anarchiste. La majorité des arrestations a été effectuée en Espagne (90), en France (69), en Italie (62) et en Allemagne (55).

IV. Statistiques 2025 - ce que le TE-SAT 2026 documente

Pour l'exercice 2025, les données du rapport TE-SAT 2026 présentent une physionomie sensiblement différente. En 2025, 45 attaques terroristes ont été recensées dans 10 États membres, accompagnées de 486 arrestations pour infractions liées au terrorisme.

La baisse du nombre brut d'attaques - de 58 à 45 - ne saurait masquer l'intensification de la menace djihadiste en termes d'arrestations. Le terrorisme djihadiste a totalisé 24 des 45 attaques signalées et 347 des 486 arrestations. Il est demeuré la catégorie la plus meurtrière, provoquant 5 morts et 81 blessés.

Sur l'ensemble de l'UE, 347 arrestations ont eu lieu pour soupçon de terrorisme islamiste, sur un total de 486 personnes arrêtées pour infractions terroristes, avec 43 arrestations pour terrorisme d'extrême droite en deuxième position. Le nombre d'arrestations liées au terrorisme islamiste est en hausse par rapport aux 289 de l'année précédente et légèrement supérieur au niveau de 2023, où 334 suspects avaient été arrêtés.

L'Espagne a enregistré le plus grand nombre d'arrestations pour infractions terroristes liées à l'extrémisme islamiste dans l'UE, avec 100 personnes arrêtées pour ce motif en 2025. La France (64), les Pays-Bas et l'Autriche (40 chacun), la Belgique (30) et l'Italie (26) complètent le peloton de tête.

La nature des infractions poursuivies est elle aussi révélatrice de la mutation du phénomène. La majorité des arrestations concernait des soupçons de propagande terroriste (91 cas), d'appartenance à une organisation terroriste (73 cas) et de préparation d'attaque terroriste (53 cas), suivis par la participation aux activités d'une organisation terroriste (40 cas). Ces chiffres illustrent la primauté des activités numériques et organisationnelles sur la planification d'attaques physiques directes.

V. La mutation structurelle - du réseau hiérarchique à l'acteur fragmenté

Le passage d'une édition à l'autre du TE-SAT n'est pas seulement arithmétique. Il traduit une recomposition profonde de la menace. Europol note que la plupart des attaques djihadistes menées à terme ont été commises par des acteurs solitaires recourant à des moyens simples, en particulier des couteaux. Nombre de ces auteurs ne semblaient pas être directement dirigés par une organisation formelle, mais influencés par la propagande, les communautés en ligne et des réseaux personnels diffus.

Le rapport dresse le tableau d'un continent confronté non pas à un mouvement terroriste dominant unique, mais à un écosystème de plus en plus fragmenté dans lequel idéologie, technologie et géopolitique s'entrelacent de manière imprévisible.

Pour un nombre significatif de passages à l'acte, la violence est devenue un moyen de conquérir une identité, de la reconnaissance et un sentiment d'appartenance. Ce développement a engendré une menace plus morcelée, plus complexe et moins prévisible à travers l'Europe.

Sur 398 personnes arrêtées dont le statut de résidence était connu, 259 étaient citoyens de l'UE et 139 des ressortissants étrangers. L'âge moyen des personnes arrêtées était de 27 ans, et 130 d'entre elles étaient mineures. Le plus jeune mis en cause avait seulement 12 ans, tandis que le suspect le plus âgé - un présumé terroriste d'extrême gauche - en avait 79.

VI. Le phénomène de la radicalisation des jeunes - une rupture générationnelle

La montée en puissance des mineurs dans les statistiques du terrorisme européen constitue l'une des ruptures les plus préoccupantes signalées dans les deux éditions du TE-SAT.

L'implication de mineurs et de jeunes dans le terrorisme et l'extrémisme violent a constitué une évolution inquiétante qui n'a cessé de progresser en 2024. Les problèmes de santé mentale, l'isolement social et la dépendance au numérique ont été identifiés comme des facteurs habilitants clés de la radicalisation chez les jeunes.

Pour 2025, le constat s'est encore durci. 130 suspects arrêtés étaient âgés de 18 ans ou moins. Ces individus manifestent souvent une compréhension superficielle des doctrines, motivés non par une conviction idéologique solide, mais par une fascination pour la violence et une quête d'identité et de reconnaissance au sein de sous-cultures numériques.

Les groupes terroristes ciblent leurs efforts de radicalisation et de recrutement spécifiquement vers les individus les plus vulnérables, en particulier les mineurs et les personnes présentant des fragilités psychologiques.

Ce profil composite - jeune, numériquement connecté, idéologiquement inconstant - pose un défi considérable aux dispositifs de prévention conçus pour détecter des militants politisés et déterminés. Les outils de détection précoce doivent être repensés pour capter des signaux faibles qui ne ressemblent pas aux schémas classiques de l'endoctrinement.

VII. L'espace numérique comme terrain premier de la menace

Deux menaces majeures ont structuré les rapports successifs du TE-SAT - la menace croissante des communautés en ligne incitant à la violence et l'exploitation d'une diversité de technologies par les terroristes et les extrémistes violents.

L'une des conclusions les plus nettes d'Europol est qu'Internet a cessé d'être simplement un outil de communication pour les extrémistes. Il est devenu le lieu même de production de la menace. Les individus radicalisés en ligne, souvent agissant seuls, occupent désormais une place de plus en plus importante dans les calculs de sécurité européens.

La radicalisation ne dépend plus exclusivement d'un contact direct avec des organisations terroristes établies, et les acteurs violents combinent de plus en plus idéologies extrémistes, criminalité, récits conspirationnistes et violence nihiliste.

Europol met en évidence le rôle des messageries chiffrées, des plateformes de jeux vidéo et des symboles visuels - runes, codes méméiques - qui permettent à ces communautés de maintenir une identité partagée tout en échappant à la modération.

Les communautés en ligne recyclent fréquemment des récits à travers les clivages idéologiques. Les théories complotistes anti-gouvernementales, l'antisémitisme, la rhétorique anti-musulmane et les idéologies accélérationnistes se recoupent de plus en plus, produisant des formes hybrides d'extrémisme résistant à toute catégorisation conventionnelle. Internet favorise précisément cette pollinisation croisée, permettant aux individus de construire des visions du monde idéologiques personnalisées à partir de sources disparates.

VIII. L'intelligence artificielle et les deepfakes dans l'arsenal terroriste

Le TE-SAT 2025 avait déjà identifié l'IA comme un vecteur de risque émergent. L'exploitation continue de l'intelligence artificielle et d'autres technologies innovantes représente une préoccupation majeure, car elles ouvrent de nouvelles possibilités dans des domaines tels que le recrutement, la propagande, les modes opératoires et les outils de financement.

Les travaux du Centre for Strategic and International Studies (CSIS) documentent l'usage opérationnel de cette capacité. Des rapports établissent qu'au moins un groupe affilié à Al-Qaïda a proposé des ateliers sur l'utilisation de l'IA pour développer des propagandes visuelles, et un guide pratique sur l'usage de chatbots pour radicaliser de potentiels recrues. De son côté, l'État islamique dans la province du Khorasan a recouru aux deepfakes dans plusieurs contextes et aurait organisé des formations en IA pour son service de propagande depuis 2023.

Le contenu généré par IA accroît le volume, la vitesse et le réalisme des faux récits et des images falsifiées. Les groupes terroristes n'ont pas nécessairement besoin que leurs audiences croient entièrement à la véracité des contenus manipulés - créer de la confusion, de la polarisation, de l'indignation ou de l'incertitude peut suffire.

La recherche académique publiée sur la plateforme GNET en février 2026 souligne une dimension supplémentaire. La confusion et l'incertitude fabriquées par les deepfakes peuvent elles-mêmes propulser la radicalisation, car les récits extrémistes offrent des explications simples et cohérentes dans un environnement autrement désorientant, procurant un soulagement psychologique.

L'usage d'outils d'IA - moteurs de recommandation, algorithmes de génération de contenu, bots automatisés - permet aux groupes extrémistes de toucher des audiences élargies et de manipuler les émotions humaines. Une dimension particulièrement préoccupante réside dans la capacité de l'IA à identifier et exploiter les vulnérabilités psychologiques, les algorithmes pouvant adapter les messages pour les rendre conformes aux émotions, croyances et griefs propres à chaque individu ciblé.

IX. L'impact des crises géopolitiques sur la radicalisation européenne

Les rapports TE-SAT 2025 et 2026 s'accordent sur un constat que les études antérieures d'ACHA France avaient déjà mis en lumière sous l'angle de l'IA - les crises régionales se transforment en accélérateurs de radicalisation sur le sol européen.

La guerre à Gaza, les répercussions de l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, les tensions impliquant l'Iran et son réseau de proxies, l'activité djihadiste continue en Syrie et en Afrique, ainsi que la guerre de la Russie contre l'Ukraine ont tous influencé les récits extrémistes à l'intérieur de l'UE.

La guerre entre Israël et le Hamas, l'invasion russe de l'Ukraine et l'instabilité dans des parties de l'Afrique et du Moyen-Orient ont généré des récits que les groupes extrémistes exploitent pour le recrutement et la mobilisation. Les événements internationaux produisent de plus en plus des conséquences sécuritaires domestiques immédiates via les réseaux d'information numériques.

Les images de mort et de destruction dans la bande de Gaza ont alimenté la haine antisémite en ligne et la production de propagande terroriste par le Hamas, y compris par des individus qui étaient déjà surveillés dans l'UE pour terrorisme et extrémisme violent.

Europol souligne que les narratifs antisémites demeurent un fil conducteur commun à différents milieux extrémistes, ce qui s'est traduit par des menaces et des attaques contre des cibles juives dans l'UE.

L'imbrication entre géopolitique et radicalisation numérique est désormais quasi instantanée. Un événement à 3 000 kilomètres des frontières européennes peut déclencher, en quelques heures, une vague de propagande ciblée sur des plateformes accessibles à des adolescents en Belgique, en Allemagne ou en Suède.

X. Analyse critique - limites des statistiques officielles

Les données d'Europol constituent une référence institutionnelle de premier plan, mais elles comportent des limites méthodologiques que tout projet de recherche ou de financement européen doit explicitement reconnaître.

Premièrement, les statistiques du TE-SAT ne couvrent que les faits signalés par les États membres et ayant fait l'objet de procédures judiciaires. La vue d'ensemble quantitative des attaques terroristes, des arrestations, des condamnations et des peines n'inclut pas les instances d'extrémisme violent, bien que ces dernières soient incluses à des fins de contextualisation. Cela signifie que le chiffre réel des incidents - tentatives déjouées au stade de la détection précoce, affaires classées faute de preuves suffisantes, comportements radicaux non encore criminalisés - est nécessairement supérieur aux totaux publiés.

Deuxièmement, la baisse numérique du nombre d'attaques entre 2024 (58) et 2025 (45) ne reflète pas une diminution de la menace. Elle traduit en partie le déplacement de l'activité terroriste vers des espaces moins directement mesurables - propagande en ligne, recrutement à distance, préparation logistique - que les statistiques d'arrestations thématiques confirment elles-mêmes.

Troisièmement, la catégorie résiduelle des infractions non attribuées à une idéologie précise tend à s'élargir, ce qui reflète la montée du terrorisme hybride signalée par Europol. Le TE-SAT 2026 décrit la radicalisation européenne comme plus fluide, fragmentée et individualisée, alimentée par des écosystèmes numériques qui rapprochent propagande, sous-cultures violentes et vulnérabilités personnelles.

XI. Recommandations pour les projets ACHA France

Sur la base de l'analyse croisée des deux éditions du TE-SAT et des sources académiques mobilisées, ACHA France peut structurer ses futurs projets institutionnels et demandes de financement européen autour des axes suivants.

**Recommandation 1 - Ancrer chaque projet dans les deux millésimes du TE-SAT.** L'articulation entre les données 2024 (TE-SAT 2025) et 2025 (TE-SAT 2026) permet de démontrer une trajectoire, condition souvent exigée par les instruments de financement de l'UE tels qu'AMIF, ISF ou Horizon Europe. La progression des arrestations djihadistes (289 en 2024, 347 en 2025) et la baisse du nombre d'attaques simultanément à la hausse des infractions de propagande constituent un argument de projet structurant.

**Recommandation 2 - Focaliser sur la radicalisation des mineurs comme priorité programmatique.** 130 suspects arrêtés en 2025 étaient âgés de 18 ans ou moins, dont le plus jeune avait 12 ans. Cette donnée est suffisamment précise et récente pour fonder une demande de financement auprès du Fonds européen pour la jeunesse ou dans le cadre des appels DAPHNE.

**Recommandation 3 - Positionner ACHA France sur la surveillance de la propagande numérique.** La prééminence des arrestations pour propagande (91 cas en 2025) sur les arrestations pour préparation d'attaque confirme que c'est dans l'espace numérique que se joue désormais l'essentiel de la lutte contre le terrorisme. Un observatoire ACHA de la propagande extrémiste en ligne, documentant mensuellement le volume et la nature des contenus détectés, s'inscrirait directement dans les axes prioritaires du Centre européen de lutte contre le terrorisme (ECTC).

**Recommandation 4 - Développer une expertise sur les deepfakes et l'IA générative à des fins terroristes.** Cette thématique est absente de la plupart des projets portés par des ONG françaises, alors qu'elle figure explicitement dans les deux dernières éditions du TE-SAT. ACHA France dispose d'une longueur d'avance documentaire, notamment grâce à son étude publiée le 16 juillet 2026 sur l'usage opérationnel de l'IA par les groupes terroristes, qui peut servir de base à un projet de recherche appliquée cofinancé par l'UE.

**Recommandation 5 - Intégrer la dimension géopolitique comme variable structurante.** Le rapport TE-SAT 2026 montre de façon répétée que les conflits externes continuent d'alimenter le risque intérieur à l'UE. Un module d'analyse de l'impact des crises régionales sur la radicalisation en France et en Europe - Gaza, Ukraine, Sahel - renforcerait la dimension analytique de tout dossier soumis à la DILCRAH, au ministère de l'Intérieur ou à des bailleurs européens.

**Recommandation 6 - Concevoir des indicateurs de suivi vérifiables.** Les demandes de financement européen exigent des métriques quantifiables. ACHA France peut proposer un tableau de bord mensuel articulé autour de sept indicateurs directement dérivés des priorités du TE-SAT - nombre de comptes extrémistes signalés, nombre de langues utilisées dans la propagande détectée, nombre de plateformes identifiées comme vecteurs, volume mensuel de contenus djihadistes nouveaux, proportion estimée de contenus générés par IA, nombre d'appels directs à la violence, et nombre de récits exploitant des crises régionales.

XII. Budget indicatif pour un projet-type de 24 mois

Le budget ci-dessous est indicatif et calibré pour un projet de veille et de contre-narratifs numériques d'une durée de 24 mois, éligible aux instruments ISF-Police ou AMIF de l'Union européenne. Il ne constitue pas une offre contractuelle.

**Ressources humaines (60 % du budget total)**

- 1 chargé de veille numérique (temps plein, 24 mois) - 72 000 euros

- 1 analyste en terrorisme et radicalisation (mi-temps, 24 mois) - 36 000 euros

- 1 coordinateur de projet et relations institutionnelles (mi-temps, 24 mois) - 30 000 euros

- Consultants externes (traductions, expertise technique IA, évaluateurs) - 20 000 euros

- Sous-total ressources humaines - 158 000 euros

**Outils et infrastructure numérique (18 %)**

- Licences de veille et d'analyse de contenu en ligne (OSINT) - 18 000 euros

- Développement et hébergement de l'observatoire numérique ACHA - 12 000 euros

- Équipements informatiques sécurisés - 8 000 euros

- Sous-total outillage - 38 000 euros

**Actions et dissémination (12 %)**

- Organisation de deux séminaires annuels (formats hybrides, intervenants institutionnels) - 16 000 euros

- Production de quatre rapports annuels bilingues (français-anglais) - 8 000 euros

- Campagnes de contre-narratifs sur plateformes ciblées - 8 000 euros

- Sous-total actions - 32 000 euros

**Coordination et frais de gestion (10 %)**

- Frais de gestion administrative et financière, audit externe, déplacements pour réunions partenariales européennes - 26 000 euros

- Réserve de gestion (5 %) - 13 000 euros

- Sous-total coordination - 39 000 euros

**Total général estimé - 267 000 euros sur 24 mois**, avec un autofinancement ACHA recommandé de 10 % (26 700 euros) et une contribution européenne sollicitée de 90 % (240 300 euros), dans le respect des règles de cofinancement applicables aux instruments ISF et AMIF.

« Online ecosystems are fundamentally reshaping the way terrorist threats emerge, evolve online and materialise offline. »

Europol, EU TE-SAT 2026, 13 juillet 2026

CHIFFRES CLES A RETENIR POUR TOUT DOSSIER EUROPEEN

TE-SAT 2025 (données 2024) - 58 attaques, 449 arrestations, 289 djihadistes

TE-SAT 2026 (données 2025) - 45 attaques, 486 arrestations, 347 djihadistes

130 mineurs arrêtés en 2025, dont le plus jeune avait 12 ans

91 arrestations pour propagande terroriste en 2025 - premier motif d'arrestation dans le domaine djihadiste

Espagne (100), France (64), Pays-Bas et Autriche (40 chacun) - États membres les plus actifs en 2025

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